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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 07:00

 

Le site archéologique de Babylone a connu plusieurs vagues de dégradations :

 

L'héritage patrimonial de Saddam Hussein - Souhaitant faire de l'antique capitale un lieu de prestige pour son pays (et pour son ego), Saddam Hussein, le raïs irakien, engage, entre 1978 et 1987, un vaste programme de restauration du site archéologique. Le résultat, toujours visible, est que le coeur de la cité a été recréé selon un schéma "hollywoodien" bien contestable : construction de remparts crénelés à partir de certaines murailles, reconstructions de bâtiments disparus, la porte d'Ishtar est dupliquée (puisque l'originale a été transportée à Berlin), création de quatre collines artificielles en terre dans l'optique d'implanter un funiculaire touristique et, cerise sur le gâteau, construction d'un palais (en béton) que je vous ai déjà signalé puisqu'il est visible sur les photos satellites. La première guerre du golfe aura contraint l'abandon du projet, décidé en 1989, de construire une tour de Babel toute neuve. Ce méli-mélo d'ancien et de moderne, en plus de son aspect esthétique critiquable, introduit des problèmes scientifiques et techniques pour les fouilles archéologiques car les couches historiques ont été brouillées, ce qui rendra difficile la datation de découvertes futures.

 

La guerre du golfe : pillage - Bien plus que la guerre elle-même ou que l'occupation militaire qui s'en est suivie, le pillage est une véritable plaie qui s'est abattue sur l'Irak. Je ne dispose pas de documentation spécifique à Babylone, mais je suppose que les fouilles et excavations sauvages n'ont pas dû lui être épargné.

 

La guerre du golfe : occupation militaire - Le site n'a pas subi de dommages directs du fait de la guerre (bombardements...). Entre avril 2003 et décembre 2004, 150 hectares, et non des moindres puisqu'il s'agit du coeur même de la cité antique, ont été transformés en une base militaire américaine, le "Camp alpha". Puis, jusqu'en 2005, ce sont des troupes polonaises qui ont pris le relais. Dans son premier rapport de visite, daté du 15 janvier 2005, le British Museum écrit que l'implantation d'un camp militaire dans l'un des plus importants sites archéologiques du monde revient à implanter un camp militaire à proximité de la pyramide de Khéops en Egypte ou à proximité de Stonhenge en Angleterre. Voyez cette situation absurde où un héliport a été construit à 500 mètres à peine de la porte d'Ishtar, où des bulldozers ont nivelé le sol, créé des tranchées, bouleversant les couches historiques et endommageant du matériel archéologique. En 2009, le deuxième rapport du British Museum, cette fois-ci réalisé sous l'égide du l'UNESCO, dresse le bilan de l'occupation : tranchées, percements au milieu des ruines, dont quatoze dans les remparts, création de puits, sculptures âbimées, voie processionnelle endommagée par le passages des chars et des poids lourds, fissures visibles sur certains bâtiments dont le temple d'Ishtar, effondrement du toit des temples de Ninmah et Nabu-sha-Khare ou encore dégradation progressive de bâtiments à cause de l'humidité (cheminement des eaux souterraines salées). Et le temps lui-même érode les briques de terre cuite qui s'effritent lentement, faute d'entretien.

Localisation du camp alpha

Localisation du camp alpha  - extrait du rapport 2005 du British Museum (voir ci-après)

 

Mur du temple d'Ishtar

tranchée anti-tank

Temple d'Ishtar (gauche) - Tranchée anti-tank (droite)

Documents photographiques de la mission d'expertise 2009 (voir ci-après)

 

voie processionnelle

Dégats sur la voie processionnelle

Extrait d'un reportage vidéo diffusé sur le site du New-york Times (voir ci-après)

 

Mais dans un pays où l'urgence est la protection des populations civiles, dont les minorités chrétiennes, la question du partimoine historique implique un rôle actif de la communauté internationale. Le world monuments found contribue, depuis 2009, à préserver les sites majeurs de l'Irak. A Babylone, le fonds contribue à la création de scans digitaux des monuments et va engager des travaux pour renforcer et protéger de l'eau souterraine les fondations de la porte d'Ishtar.

 

Les défis sont multiples sur ce site historique : consolider les structures en péril, réparer les dommages créés par l'occupation militaire et prévenir la survenance de nouvelles dégradations. A moyen terme, se posera également la question du "démantèlement" des créations modernes réalisées sous le règne de Saddam Hussein, étape indispensable pour permettre à l'UNESCO de classer Babylone au patrimoine mondial de l'humanité. Enfin, la mise en valeur touristique de ce site devra s'analyser au regard de sa préservation : un musée va ouvrir ce mois-ci, donnant ainsi le feu vert pour un retour de la fréquentation internationale.

 

 

Pour en savoir plus :

- Report on meeting at Babylon 11 - 13 December 2004, J.E. Curtis, Department of the Middle East, British Museum

- Inspection of Babylon on behalf of UNESCO 25th 29th February 2009, J.E. Curtis, Department of the Middle East, British Museum

- Historia n°758, février 2010, entretiens avec Vincent Hueux et Tamar Teneishvili (p.42 et 43)

- L'Histoire n°301, mai 2005, "Les grands travaux des archéologues" par Jean-Louis Huot

- "A Tour of Iraq’s Ancient Sites" (en), article publié le 2 janvier 2011 sur le site du New-York Times

- "A Triage to Save the Ruins of Babylon" (en), article publié le 2 janvier 2011 sur le site du New-York Times

 

Publié par comprendre - dans Babylone
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commentaires

cybione 12/01/2011 10:04



Eh non, il en fait partie.... j'arrête là !



cybione 12/01/2011 10:00



Bon, je me suis trompée : Persépolis est encore plus au
Sud que Babylone !


Donc, bien loin de l'Assyrie....



cybione 12/01/2011 09:57



Euh... et moi non plus , si c e n'est que c'était 2 civilisations mésopotamiennes voisines, Iran et Irak étant en
partie dans le même pays : l'Assyrie.


Mais en glanant des infos, je suis tombée sur cela , qui l'explique mieux.



Cybione 11/01/2011 15:11



Le patrimoine de l'humanité, préservé depuis des siècles, vaut peu de choses face à une guerre.


Cela me rappelle les fastueuses fêtes de Persépolis, organisées pendant le règne du chah d'Iran. j'étais gamine, mais je me rappelle encore de la sensation que l'histoire antique revivait sous
mes yeux émerveillés.


Qu'est-elle devenue, elle aussi ?



comprendre 12/01/2011 03:40



Les Perses et moi, cela fait deux... pour l'instant :) Désolé mais je ne saurais rien t'en dire.



Aimé jc 08/01/2011 20:45



Bonjour Comprendre


Article très intéressant, j'aurais à ce sujet quelques précisons à te demander:


- La porte d'Ishtar à Berlin est vraiment l'original ?


- Est-ce qu'ils avaient commencé la construction de la nouvelle tour de Babel?


Les américains ont vraiment aucuns respects des lieux sacrés de l'humanité ... pour quelles raisons militaires ont-ils choisis leur site d'implantation?


Je n'ose imaginer l'ampleur des dégâts engendrés!


 



comprendre 08/01/2011 23:16



Merci de ton intéret pour Babylone :) Oui, la porte d'Ishtar à Berlin est bien l'originale, transportée pierre par pierre au début du XXe siècle. Les fondations sont, elles, encore en place. La
construction de la nouvelle tour de Babel n'avait pas démarré, seul le principe de la construction avait été acté. Concernant le choix du lieu d'implantation du camp alpha, j'avoue que les
militaires américains ne m'ont pas expliqué leur choix :) La présence du Tigre à proximité de doit pas être étranger à ce choix, et/ou peut être la présence d'un mur d'enceinte (le comble !).