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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 20:32


"Mourir pour la patrie, quitter une famille, des enfants, une épouse chérie, seroient plus supportables si je ne voyais pas au bout de la liberté perdue et tout ce qui appartient aux sincères républicains, enveloppé dans la plus horrible proscription. [...] Les méchants sont les plus forts, je leur cède."


Texte d'adieu écrit par Gracchus Babeuf à l'attention de sa femme et de ses enfants


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Le 26 mai 1797, la Haute Cour de Justice de la République française condamne à la peine de mort Gracchus Babeuf, révolutionnaire égalitariste considéré comme le premier communiste moderne. Babeuf était jugé pour son implication dans un complot visant à renverser le directoire, instaurer l'égalité entre tous les citoyens et organiser une communautarisation des biens privés.



Jugement condamnation à mort de Gracchus Babeuf

Jugement de la Haute Cour de Justice - 7 prairial de l'an V de la République française

"Condamne Gracchus Babeuf et Augustin-Alexandre Darthé à la peine de mort"


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Le premier fait notable de cette histoire est que la Haute Cour de Justice, juridiction d'exception, se soit retrouvée à siéger pendant un peu plus de deux mois à Vendôme, dans le Loir-et-Cher, à une centaine de kilomètres de Paris. Retour en arrière...


Les meneurs du complot cité ci-dessus, appelé "conjuration des égaux", sont arrêtés le 10 mai 1796. Parmi eux se trouve Jean-Baptiste Drouet, conseiller des Cinq-Cents : la Constitution de l'an II prévoit qu'un procès contre un membre du corps législatif doit se tenir devant la Haute Cour de Justice. Et nous voilà partis pour un procès d'exception. Notons au passage que ledit Drouet est l'homme qui a permis l'arrestation de Louis XVI lors de sa fuite à Varennes, et, accessoirement, que ce Drouet réussira à s'évader assez facilement avant le transfert des prisonniers à Vendôme.


Même si je n'en ai pas retrouvé de sources historiques précises, il semblerait que la délocalisation de la Cour de Justice ait été motivée par les risques de troubles populaires dans la capitale où les thèses égalitaires de Babeuf trouvaient un certain écho. Exemple : "Le 26 mai 1796, les anciens Panthéonistes et Montagnards tentèrent de les (prisonniers) libérer en soulevant le peuple" (source : Histoire de Gracchus Babeuf et du babouvisme : d'après de nombreux documents inédits. T. 1 / par Victor Advielle). Aussi, la commune de Vendôme, loin de l'influence parisienne et disposant d'une administration locale favorable au directoire, est désignée pour accueillir ce procès.


 Portrait de Gracchus Babeuf

Portrait de Gracchus Babeuf

 

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Les débats, devant la Haute Cour de Justice, sont féroces : Babeuf se défend avec éloquence, parfois jusqu'à l'épuisement. Les accusés nient le complot dont on les accuse, ce que reconnaîtra d'ailleurs le jury de la Haute Cour. Cependant, coupable d'avoir voulu le rétablissement de la Constitution de 1793, acte puni de mort depuis la loi du 25 germinal de l'an IV, Babeuf, ainsi que Darthé, un autre co-accusé, est condamné à mort.


Il est relaté, souvent, que Babeuf et Darthé auraient alors tenté de se suicider en se poignardant la poitrine avec, selon les sources, un stylet, ou un poignard, ou un fil d'archal aiguisé sur le pavé ou encore le ressort d'une montre ! Il semblerait que les récits de l'époque rapportent cette tentative de suicide, qu'elle ait eu lieu au moment de l'énoncé du verdict ou au retour en cellule, mais je ne suis pas convaincu que le fait soit historique. Buonarotti, co-accusé, racontera plus tard ce fait, mais là encore une manipulation "politique" de la fin de Babeuf n'est pas à exclure.


Une chose est certaine c'est que le lendemain du verdict, soit le 27 mai 1797, à 5 heures du matin, Babeuf et Darthé étaient guillotinés à Vendôme, sur la place d'armes, devenue aujourd'hui la place de la République. C'est la seule et unique fois ou la guillotine révolutionnaire aura été dressée à Vendôme.


Les corps des condamnés ont probablement été exposés au public (notamment devant la femme de Babeuf venue le soutenir à l'occasion du procès) et les historiens s'entendent sur le fait que les corps furent ensuite inhumés dans le cimetière principal de la ville (cimetière du Grand Faubourg). Ce cimetière n'existe plus aujourd'hui.


François Topino-Lebrun - la Mort de Caïus Gracchus

François Topino-Lebrun - la Mort de Caïus Gracchus

Fin du XVIIIe siècle (1797-1798)

Musée des Beaux-arts de Marseille (France) ; numéro d'inventaire : 482


A la suite de ce procès, impressionné par le sort de Babeuf, le peintre François Topino-Lebrun réalise la toile "la Mort de Caïus Gracchus", ci-dessus, qui, bien que trouvant sa matière dans l'histoire antique, est une allusion directe à la tentative de suicide (rapportée) de Babeuf.

 

 

Publié par comprendre - dans Histoire
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commentaires

D&D 13/07/2010 01:12



Je partage tout à fait ton "impression désagréable"... Et c'est vraiment quelque chose qui m'inquiète. Il y a quelque chose de très mortifère au royaume de france...



comprendre 18/07/2010 10:35



Y'a, je crois, la mise en perspective de quelque chose d'inacceptable pour le peuple que nous sommes : la collusion d'intérets entre le monde politique (qui exerce la démocratie, si l'on peut
dire) et le monde économique et financier. Je peux te garantir que si un fontionnaire utilisait ses fonctions pour "placer" son épouse chez un administré sur lequel il a un peu d'ascendant
administratif, il se ferait lourder illico presto ! Deux poids deux mesures : le fonctionnaires il tombe sous le coup de dispositions légales et réglementaires (le statut), le politique il tombe
sous le coup de la "morale" et de "l'éthique". Inutile de te dire que ces derniers concepts ne sont pas toujours bien clairs dans l'idée de celui qui est gorgé de pouvoirs...



Fille du Midi 11/07/2010 12:48



Que de personnages et personnages perdus dans le temps et l'histoire... merci de nous les faire découvrir.



D&D 06/07/2010 00:47



Bin intéressé par l'article et achevé par cet extrait d'une de tes réponses :"A croire que l'on craint qu'un jour les citoyens français ne reviennent aux fondamentaux ! (réflexion totalement
déconnectée des scandales quasi-quotidiens qui entachent les dirigeants français, le dernier en date, et non des moindres, étant celui qui implique le ministre du budget dans l'affaire Liliane
Bettencourt)."


Vraiment, je ne vois pas de quoi tu veux parler. Je crois que tu vois le ma partout :-)))


En même temps, je reconnais que j'ai peut-être trop d'indulgence, car comme tu le sais bien, Ingrid, à côté de moi, c'est vraiment peu de choses question fortune personnelle.


A bientôt ;-)



comprendre 06/07/2010 02:12



Affaire qui, entre temps, a connu maintes évolutions et de très nombreux commentaires, voire quelques prises de conscience par forcément inutiles. J'ai écrit "ministre du budget", il eut été plus
correct d'écrire "ex-ministre du budget", mais le lapsus tient bien au fait que c'est la précédente fonction qui posait problème, moins l'actuelle. Allez, je vais même être généreux : la fonction
actuelle ne me semble pas incompatible avec les responsabilités de ce Monsieur au sein de l'UMP. Sinon, je l'exprime peut être un peu en vrac, mais je trouve assez sidérant que les écrits ou les
actes, personnages, de la période post-révolutionnaire soient si peu connus, si peu "médiatiques". La République naissante portait pourtant en elle un grand nombre de principes que nous tenons
toujours pour fondateurs de notre pacte social. Et pourtant, leur mise en oeuvre, parfois violente, parfois héroïque, elle, est "occultée". Assez curieux, ce me semble... Du coup, on en vient
même à s'interroger sur le jugement que l'on doit porter sur certains évènements historiques, comme la commune par exemple, ou sur certains personnages historiques, comme Babeuf dans une certaine
mesure. Je suis sûr qu'il y a des tas de gens qui ont développé et exprimé ce sujet bien mieux que moi, j'ai juste une impression désagréable, celle que la classe bourgeoise et conservatrice qui
domine notre société (et je dis ça sans engagement politique) estime dangereux le fait que l'on puisse rappeler à la masse qu'elle a été, pendant près de 150 ans, en perpétuel bouillonnement et
que c'est grâce à elle que des régimes pas ou peu respectueux des valeurs républicaines ont été jetés à terre. Tu fais la boucle avec le premier thème évoqué dans ma réponse et tu conclus... Ah,
et puis "Les Misérables" n'a pas été tout fait inutile pour cette prise de conscience. (Ingrid, non, ça c'est la tête de pont du cirque médiatique, tu penses à Liliane toi, celle qui dégaine son
chéquier plus vite que son ombre !) Bonne nuit !



Loup Blanc 27/05/2010 22:57



Bonsoir Comprendre,


Merci pour cet article, je suis vraiment ignare en histoire et c'était très intérressant.


A tchao



comprendre 20/06/2010 05:09



Merci pour ton  commentaire sympa, c'est encourageant ;) Perso, j'aime bien l'histoire et le travail de recherche.



Cratès 27/05/2010 10:27



Excellent article sur un personnage qui a travaillé sur des problématiques toujours d'actualité, comme la question des impôts indirects, injuste par essence. Cependant, sur la collectivisation
j'ai des doutes qu'en à l'application de cette politique au vu de ce qui s'est passé en urss et en Chine au XXème siècle ! l'enfer est souvent pavé de bonnes intentions ....   Mais
comme toujours, ceux qui tiennent les rennes du pouvoir, le vrai (l'économique) arrivent toujours à éliminer les troublions...


Merci pour ce portrait issu d'une époque complexe de notre histoire.


@+


 


 



comprendre 20/06/2010 05:28



Très intéressant tout cela, mais j'ai du mal à considérer que l'expérience de l'URSS soit représentative du modèle marxiste... bien que d'aucun considère que le stalinisme fut la quintescence
même de ce modèle (dictature de l'appareil politique avec une dévotion absolue du chef de l'appareil). Je viens de lire un livre sur le communisme parce que, comme tu le disais pour la période post-révolutionnaire (fin XVIIIe, début
XIXe), l'ensemble est assez difficile à appréhender/comprendre. D'ailleurs, Babeuf y est cité comme un pré-communiste (Marx l'avait lui-même désigné comme tel dans Le Capital). Je profite de ce
commentaire pour signaler que les débats devant la Haute Cour de Justice (de Vendôme) ont intégralement été reproduits et sont disponibles (à la BNF) : les arguments de Babeuf, qui fut très
combatif, pourraient intéresser les lecteurs qui voudraient développer l'approche politique du babouvisme (ce que je n'ai pas cherché à faire dans cet article). Nota : curieux que les écrits de
la période révolutionnaire (débats à l'Assemblée, quotidiens, pamphlets) ou des évenements insurrectionnels (dont la commune) soient si peu publiés, cités, mis en lumière... A croire que l'on
craint qu'un jour les citoyens français ne reviennent aux fondamentaux ! (réflexion totalement déconnectée des scandales quasi-quotidiens qui entachent les dirigeants français, le dernier en
date, et non des moindres, étant celui qui implique le ministre du budget dans l'affaire Liliane Bettencourt).