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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 22:22

A l'occasion du 500e anniversaire de Calvin, l'hebdomadaire L'Histoire nous propose un dossier sur la réforme calviniste.

Couverture du magazine L'histoire - Numéro de Mars 2009Couverture du magazine L'histoire - Numéro de Mars 2009


Au sommaire, également, un article sur Gaza de l'antiquité, sur les femmes des colonies, sur le sanctuaire de Ribemont ou encore sur Louis XI.

Les pages du sommaire : Page 1  -  Page 2

En vente sous peu en Kiosque. Plus d'info sur le site de l'hebdo : www.histoire.presse.fr


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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 11:02

GalionConte lu

Anatole le Braz - La bague du capitaine


Durée : 8'48 - Source : Télérama Radio


Un conte court, probablement extrait de "La légende de la mort en Basse-Bretagne : croyances, traditions et usages des Bretons armoricains" publié par Anatole le Braz en 1893. "La bague du capitaine" est un conte fantastique assez impressionnant (jeunes enfants, passez votre chemin) où l'Ankou (la mort dans la tradition bretonne) punit celui qui a profané la sépulture du marin mort en mer.

Drapeau breton

Il y a quelque cinquante ans, un navire étranger fit naufrage sur la côte de Buguélès, en Penvénan. On recueillit une dizaine de cadavres. Comme on ignorait s'ils étaient chrétiens, on les enterra dans le sable, à l'endroit où on les avait trouvés. Parmi eux, était le corps d'un grand et beau jeune homme, plus richement vêtu que ses compagnons, et que, pour cette raison, l'on jugea être le capitaine. A l'annulaire de la main gauche, il portait une grosse bague en or sur laquelle étaient gravées des lettres d'une écriture inconnue.


Buguélès est habité par une population d'honnêtes gens. On enterra, ou plutôt on ensabla le beau jeune homme, sans le dépouiller de sa bague. Des années se passèrent. Le souvenir du naufrage s'était un peu effacé. Cependant, à la veillée, quelquefois, en attendant le retour des hommes partis en mer, les femmes devisaient encore de celui qu'elles appelaient " le capitaine étranger ", et de la grosse alliance en or qu'il portait au doigt. La première fois que Môna Paranthoën, une jeune couturière des environs, entendit raconter cette histoire, elle ne fit que rêver toute la nuit de cette alliance qu'on disait si belle. Le lendemain, elle y songea encore, et le surlendemain, et tous les jours suivants. Cela devint chez elle une hantise. Elle était passablement coquette, comme le sont beaucoup de jeunes couturières, et elle se disait qu'un bijou est fait pour briller à la lumière du soleil béni, non pour s'encrasser dans les ténèbres de la tombe. Longtemps néanmoins, je dois l'avouer, elle repoussa la tentation. Mais son métier même l'y exposait sans cesse. Quand elle cousait dans les maisons de Buguélès, ce qui advenait presque journellement, elle était obligée de s'installer sur la table, près de la fenêtre, et toutes les fenêtres de ce pays regardent du côté de la grève.


A la fin, la malheureuse n'y tint plus.


Un soir, sa journée close, elle fit mine de retourner chez elle ; puis, quand elle fut bien sûre de n'être pas vue, elle descendit à pas de loup sur la plage.


Le lieu de la sépulture des noyés était marqué par une croix grossière, faite de bois badigeonné de goudron, qu'on avait eu soin de planter juste au-dessus du cadavre de leur capitaine. A tout seigneur tout honneur.


Nuit pleine, et tous les pêcheurs rentrés, Môna Paranthoën n'avait pas à craindre d'être dérangée. Elle s'agenouilla, se mit à gratter le sable avec ses ongles, furieusement.


Bientôt, elle parvint à tirer à elle une des mains du cadavre, la gauche. L'anneau y était toujours. Elle tenta de le faire glisser sur le doigt, mais la peau racornie formait de gros bourrelets. Elle essaya de ses ciseaux. Peine perdue : les ciseaux ne mordaient pas dans ce cuir tanné par l'eau de la mer. Alors, exaspérée, elle saisit le doigt à pleine main et l'arracha d'un coup sec. Puis elle fit rentrer la main, nivela le sable, épousseta son tablier en se relevant, et s'enfuit, emportant la bague.


Le lendemain, elle vint à son ouvrage comme à l'ordinaire. Seulement enveloppée d'un fichu de laine, elle était toute pâle.


" Qu'avez vous donc, Môna ? lui demanda la ménagère.
- Oh ! rien, fit-elle, un peu mal à la tête. Cela va passer. " Et elle entama sa couture. Mais au lieu de passer, le mal ne fît que croître, au point de forcer Môna Paranthoên à quitter son travail. Elle s'en alla, en gémissant. Elle disparaissait à peine au tournant du sentier, qu'il s'éleva un grand tumulte dans le village. Des gamins qui jouaient sur la grève étaient subitement remontés, criant à tue-tête: Venez voir! Venez voir! ce qu'il y a au "Cimetière des noyés!"


Tout Buguélès, hommes et femmes, descendit derrière eux jusqu'à la mer. Quand on fut arrivé à l'endroit, voici ce qu'on vit : au pied de la croix goudronnée, une manche de veste sortait du sable, et de la manche sortait une main, et les doigts de cette main étaient affreusement crispés, sauf un, l'annulaire, qui se dressait rigide et menaçant. On eût dit qu'il désignait avec colère quelqu'un, tout là-haut, dans les landes maigres qui dominent les petites maisons éparses des pêcheurs. A sa base, on pouvait voir une déchirure profonde, qui formait une plaie circulaire.


Une des femmes qui étaient là, parla ainsi :
- C'est le doigt de la bague : on la lui a volée, et il la réclame.
- Réenfouissons toujours cette main, répondit un des hommes.


Et il la recouvrit de sable. L'assistance se dispersa, en échangeant mille commentaires.


Au petit jour, les plus impatients coururent au Cimetière des noyés. De nouveau, le doigt fatal se dressait sur le sable lisse.


- Voyons voir jusqu'au bout, dirent-ils.


Et ils réenfouirent le doigt, la main, tout comme on avait fait la veille. Puis, ils allèrent quérir çà et là d'énormes galets et des quartiers de roches, qu'ils entassèrent pardessus.


Oui, mais deux heures plus tard, le doigt reparaissait; les pierres semblaient s'être écartées d'elles-mêmes, respectueusement, et formaient cercle à distance.


Alors, on eut recours à d'autres moyens. Le recteur de Penvénan, accompagné d'un chantre et d'un enfant de choeur, vint conjurer le mort, en l'aspergeant d'eau bénite.


Mais le beau capitaine n'était probablement pas chrétien, car il ne se laissa pas conjurer.


- Il redemande son alliance! Répéta la femme qui avait parlé la première fois.


Maintenant, chacun pensait comme elle. Mais où la trouver, cette alliance, où la trouver pour la rendre ?


A ce moment, par la route goémonneuse qui mène de la mer aux maisons de Buguélès, apparaissait Môna Paranthoën, la couturière. Du moins, les ménagères la reconnurent à sa robe de double-chaîne et à l'élégance fraîche de son tablier. Mais elle avait une main tout entortillée de linges.


Elle avançait lentement, exhalant une plainte sourde à chaque pas qu'elle faisait.


Lorsqu'elle fut arrivée au groupe, elle pria, du geste qu'on la laissât passer.


De la main qui n'était pas emmaillotée, entre le pouce et l'index, elle tenait une grosse bague d'or… Vous devinez le reste!…


Les hommes voulurent faire un mauvais parti à Môna Paranthoën.


Alors Môna Paranthoën défit les linges dont sa main était enveloppée. En s'approchant, les hommes virent que cette main avait grossi, grossi d'une façon démesurée et horrible : elle était devenue une main monstrueuse ; un doigt surtout, l'annulaire, énorme et raidi, semblait le doigt d'un cadavre de géant. On se contenta de la fuir comme une pestiférée. Je l'ai rencontrée plus d'une fois, vaquant par les chemins, la main toujours enveloppée de haillons. Elle ne pouvait plus parler, mais elle geignait lugubrement.


Quant au capitaine étranger, depuis lors il repose en paix, sa belle alliance d'or au doigt, et rêvant, j'imagine, de la "douce" qui la lui avait donnée.


Source : bibliothèque municipale de Lisieux


Article initialement publié sur mon précédent blog le 20 janvier 2008


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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 07:00


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