Déco...

Recherche

Lecture en cours

Lectures 2017

Paul Veyne - Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?
Guy de Maupassant - Yvette
Guy de Maupassant - Contes divers
Guy de Maupassant - Contes du jour et de la nuit
Hermann Hesse - Demian
Hermann Hesse -  Le loup des steppes
Comtesse de Ségur - Les malheurs de Sophie
Pierre Lemaître - La robe de marié
Eric Dupond-Moretti - Directs du droit

Dan Millman - Le guerrier pacifique
 

6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 14:14
Guy de Maupassant - "La folle"

Traduction / Übersetzung / Translation

Traduire cette page en allemand / Übersetzen diesen Text in Deutsch


La femme aliénée subit les affres de la guerre de 1870 (pour nos lecteurs étrangers, guerre ayant opposé les Français et les Prussiens) : veuvage, décès de ses enfants, désespoir et altération de ses facultés mentales consécutive à une grave dépression nerveuse. Elle baisse les bras face à cette vie. Dans une certaine mesure, son aliénation est signe d'un repli définitif sur elle, un refus de ce monde extérieur sauvage qui l'a brisée et lui a fait subir, en une dizaine d'années, les malheurs que d'autres connaissent au cours d'une vie entière.

Mathieu d'Endolin, le narrateur, est un spectateur de l'évènement mais devient acteur puisqu'il est le seul, du moins pourrait-on croire, à s'inquiéter du sort de cette pauvre femme. Le destin, cruel mais humain dans une certaine mesure, lui apportera le soulagement de son âme en répondant à ses interrogations.

Illustration - Monument aux morts de la commune de Gentioux (France - département de la Creuse)




À Robert de Bonnières.

Tenez, dit M. Mathieu d'Endolin, les bécasses me rappellent une bien sinistre anecdote de la guerre.

Vous connaissez ma propriété dans le faubourg de Cormeil.

Je l'habitais au moment de l'arrivée des Prussiens.

J'avais alors pour voisine une espèce de folle, dont l'esprit s'était égaré sous les coups du malheur. Jadis, à l'âge de vingt-cinq ans, elle avait perdu, en un seul mois, son père, son mari et son enfant nouveau-né. Quand la mort est entrée une fois dans une maison, elle y revient presque toujours immédiatement, comme si elle connaissait la porte.

La pauvre jeune femme, foudroyée par le chagrin, prit le lit, délira pendant six semaines. Puis, une sorte de lassitude calme succédant à cette crise violente, elle resta sans mouvement, mangeant à peine, remuant seulement les yeux. Chaque fois qu'on voulait la faire lever, elle criait comme si on l'eût tuée. On la laissa donc toujours couchée, ne la tirant de ses draps que pour les soins de sa toilette et pour retourner ses matelas.

Une vieille bonne restait près d'elle, la faisant boire de temps en temps ou mâcher un peu de viande froide. Que se passait-il dans cette âme désespérée ? On ne le sut jamais ; car elle ne parla plus. Songeait-elle aux morts ? Rêvassait-elle tristement, sans souvenir précis ? Ou bien sa pensée anéantie restait-elle immobile comme de l'eau sans courant ?

Pendant quinze années, elle demeura ainsi fermée et inerte.

La guerre vint ; et, dans les premiers jours de décembre, les Prussiens pénétrèrent à Cormeil.

Je me rappelle cela comme d'hier. Il gelait à fendre les pierres ; et j'étais étendu moi-même dans un fauteuil, immobilisé par la goutte, quand j'entendis le battement lourd et rythmé de leurs pas. De ma fenêtre, je les vis passer.

Ils défilaient interminablement, tous pareils, avec ce mouvement de pantins qui leur est particulier. Puis les chefs distribuèrent leurs hommes aux habitants. J'en eus dix-sept. La voisine, la folle, en avait douze, dont un commandant, vrai soudard, violent, bourru.

Pendant les premiers jours, tout se passa normalement. On avait dit à l'officier d'à côté que la dame était malade ; et il ne s'en inquiéta guère. Mais bientôt cette femme qu'on ne voyait jamais l'irrita, il s'informa de la maladie ; on répondit que son hôtesse était couchée depuis quinze ans par suite d'un violent chagrin. Il n'en crut rien sans doute, et s'imagina que la pauvre insensée ne quittait pas son lit par fierté, pour ne pas voir les Prussiens, et ne leur point parler, et ne les point frôler.

Il exigea qu'elle le reçut ; on le fit entrer dans sa chambre.

Il demanda d'un ton brusque.

- Je vous prierai, Matame, de fous lever et de tescentre pour qu'on fous foie.

Elle tourna vers lui ses yeux vagues, ses yeux vides, et ne répondit pas.

Il reprit :

- Che ne tolérerai bas d'insolence. Si fous ne fous levez pas de ponne volonté, che trouverai pien un moyen de fous faire bromener toute seule.

Elle ne fit pas un geste, toujours immobile comme si elle ne l'eût pas vu.

Il rageait, prenant ce silence calme pour une marque de mépris suprême. Et il ajouta :

- Si vous n'êtes pas tescentue temain...

Puis, il sortit.

Le lendemain, la vieille bonne, éperdue, la voulut habiller ; mais la folle se mit à hurler en se débattant. L'officier monta bien vite ; et la servante, se jetant à ses genoux, cria :

- Elle ne veut pas, Monsieur, elle ne veut pas. Pardonnez-lui ; elle est si malheureuse.

Le soldat restait embarrassé, n'osant, malgré sa colère, la faire tirer du lit par ses hommes. Mais soudain il se mit à rire et donna des ordres en allemand.

Et bientôt on vit sortir un détachement qui soutenait un matelas comme on porte un blessé. Dans ce lit qu’on n’avait point défait, la folle, toujours silencieuse, restait tranquille, indifférente aux événements, tant qu’on la laissait couchée. Un homme par derrière portait un paquet de vêtements féminins.

Et l’officier prononça en se frottant les mains :

—- Nous ferrons pien si vous poufez bas vous hapiller toute seule et faire une bétite bromenate.

Puis on vit s’éloigner le cortège dans la direction de la forêt d’'Imauville.

Deux heures plus tard les soldats revinrent tout seuls.

On ne revit plus la folle. Qu’'en avaient-ils fait ? Où l’'avaient-ils portée ! On ne le sut jamais.

La neige tombait maintenant jour et nuit, ensevelissant la plaine et les bois sous un linceul de mousse glacée. Les loups venaient hurler jusqu'à nos portes.

La pensée de cette femme perdue me hantait ; et je fis plusieurs démarches auprès de l'autorité prussienne, afin d'obtenir des renseignements. Je faillis être fusillé.

Le printemps revint. L'armée d'occupation s'éloigna. La maison de ma voisine restait fermée ; l'herbe drue poussait dans les allées.

La vieille bonne était morte pendant l'hiver. Personne ne s'occupait plus de cette aventure ; moi seul y songeais sans cesse.

Qu'avaient-ils fait de cette femme ? s'était-elle enfuie à travers les bois ! L'avait-on recueillie quelque part, et gardée dans un hôpital sans pouvoir obtenir d'elle aucun renseignement. Rien ne venait alléger mes doutes ; mais, peu à peu, le temps apaisa le souci de mon coeœur.

Or, à l'automne suivant, les bécasses passèrent en masse ; et, comme ma goutte me laissait un peu de répit, je me traînai jusqu'à la forêt. J'avais déjà tué quatre ou cinq oiseaux à long bec, quand j'en abattis un qui disparut dans un fossé plein de branches. Je fus obligé d'y descendre pour y ramasser ma bête. Je la trouvai tombée auprès d'une tête de mort. Et brusquement le souvenir de la folle m'arriva dans la poitrine comme un coup de poing. Bien d'autres avaient expiré dans ces bois peut-être en cette année sinistre ; mais je ne sais pas pourquoi, j'étais sûr, sûr vous dis-je, que je rencontrais la tête de cette misérable maniaque.

Et soudain je compris, je devinai tout. Ils l'avaient abandonnée sur ce matelas, dans la forêt froide et déserte ; et, fidèle à son idée fixe, elle s'était laissée mourir sous l'épais et léger duvet des neiges et sans remuer le bras ou la jambe.

Puis les loups l'avaient dévorée. Et les oiseaux avaient fait leur nid avec la laine de son lit déchiré.

J'ai gardé ce triste ossement. Et je fais des vœoeux pour que nos fils ne voient plus jamais de guerre.

5 décembre 1882



Citations :

"Quand la mort est entrée une fois dans une maison, elle y revient presque toujours immédiatement, comme si elle connaissait la porte."

"Et je fais des vœoeux pour que nos fils ne voient plus jamais de guerre."

Sentinelle prussienneIllustration - Sentinelle prussienne dans une ville occupée
(Article initialement publié sur mon précédent blog le 10 décembre 2007)

5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 16:01

La patrie reconnaissante qu'ils disaient...

Musée de l'Homme

Actuellement, le crâne de René Descartes (à gauche) se trouve entre celui d’un australopithèque et le moulage du crâne de Lilian Thuram. Quelle classe

Mi-janvier, il sera décidé de transférer le crâne ailleurs. Et pas forcément vers une meilleure destination puisque des préoccupations politiciennes pourraient décider de sa nouvelle demeure.

Consternant...

4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 05:35

J'apprends avec grand bonheur que Rachida Dati a donné naissance à une petite fille.

Rachidat Dati a donné naissance à une petite fille - Un panda a été opéré d'une cataracte
La mère et l'enfant se porte bien.
4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 05:21

Générique de fin des épisodes de Paranoia Agent

3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 03:55

Un peu de "fish pedicure" ? La pédicure des pieds par de petits poissons.

Fish pedicure ou la pédicure avec des poissons
Omagad ! I tested the fish pedicure

Les petits poissons, dits poissons nettoyeurs, mangent les peaux mortes. Il semblerait que ça pique un peu.

Pour vos prochaines vacances en Turquie, en Asie ou aux States...

Pour les amateurs de bonne cuisine : une bonne friture nécessite des petits poissons, de l'huile chaude et un zest de citron. Délicieux ! Petit souvenir lyonnais des bords de Saône ;)

FritureFriture