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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 06:25

Il y a deux jours, j'ai découvert la plateforme padlet.com qui permet de créer et de partager des publications, y compris en mode collaboratif, sur internet.

 

Le mode de création, qui se réalise via un mur, est très intuitif : on travaille en faisant glisser du contenu (images, vidéos, sons...), on crée librement des blocs de texte, on les déplace selon nos envies.

Et si nous testions un article interactif ?

Je découvre complètement mais je suis séduit par cette liberté, bien moins encadrée sur le plan technique que la publication de billets sur un blog, et qui permet en plus de donner le droit aux visiteurs (à vous donc) d'ajouter ses propres contributions ou de modifier celles existantes.

 

Comme j'ai bien envie de tester ce que propose padlet mais sans pour autant quitter le cadre "blog" ou pouvoir directement intégrer quelque chose ici, je vous invite à consulter le mur que je viens de créer et sur lequel je vous propose que nous échangions sur les rêveries du promeneur solitaire de Rousseau. Vous ne connaissez pas l'oeuvre, vous avez peur de dire des âneries ? On s'en moque, je la découvre aussi et on peut parfaitement échanger des informations sur le sujet sans pour autant être des spécialistes ; libres à vous, donc, de venir contribuer doctement ou en partageant simplement vos quelques découvertes sur le sujet (liens, images, impressions...).

 

Notez bien qu'à la date de la présente publication le mur ne comporte pas beaucoup de contenu : je l'actualiserai au fur et à mesure de mes propres découvertes sur l'oeuvre, il ne faut donc pas hésiter à régulièrement aller voir sur place ce qui se passe !

 

Si tout va bien, cela se passe ici :
http://fr.padlet.com/comprendre/8i1lqj091on8

 

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 17:22

On y est, une nouvelle année écoulée.

 

Le ciel est sombre depuis novembre, une parenthèse triste est ouverte, nous attendons.

 

J'ai plutôt tenu la barre par rapport aux lectures annoncées l'an dernier. J'ai beaucoup aimé Mort à crédit et mémoires de deux jeunes mariées. Un peu déçu par la biographie de Fouché par de Wareschiel (qui a été handicapé par le manque de sources je pense, et peut-être par son rapport au personnage historique).

Beaucoup de lectures au format numérique : epub reçoit mon adhésion même si, je crois, le modèle économique des livres économiques est à revoir compte tenu des coûts ahurissants pratiqués pour des biens non matériels.

 

Pour l'année à venir, je pense lire en plus grand nombre, viser la quantité donc, avec une exigeance moindre pour le choix des oeuvres, en tout cas avec un prisme de sélection plus large et plus contextuel (prendre ce qui passe, pour voir).

 

J'ai déjà mis de côté :

- Veronika décide de mourir de Paulo Coelho

- François Mitterrand de Michel Winock

 

Une année catastrophique sur plan cinéma car j'ai vu très peu de films ; assez peu de séries même, mais pas mal de reportages visionnés, pas sûr que cela compense.

 

Rien de très intéressant sur le plan musical, rien (de nouveau) à faire partager en tout cas.

 

Difficile de dire où on en sera dans un an, l'idée est de tenir la barre et de garder les pieds bien ancrés dans le sol, je sens que cela va souffler assez fort.

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 13:11

Quand j'ai eu perdu ma pauvre défunte, j'allais dans les champs pour être tout seul ; je tombais au pied d'un arbre, je pleurais, j'appelais le bon Dieu, je lui disais des sottises ; j'aurais voulu être comme les taupes, que je voyais aux branches, qui avaient des vers leur grouillant dans le ventre, crevé, enfin. Et quand je pensais que d'autres, à ce moment-là, étaient avec leurs bonnes petites femmes à les tenir embrassées contre eux, je tapais de grands coups par terre avec mon bâton ; j'étais quasiment fou, que je ne mangeais plus ; l'idée d'aller seulement au café me dégoûtait, vous ne croiriez pas. Eh bien, tout doucement, un jour chassant l'autre, un printemps sur un hiver et un automne par-dessus un été, ça a coulé brin à brin, miette à miette ; ça s'en est allé, c'est parti, c'est descendu, je veux dire, car il vous reste toujours quelque chose au fond, comme qui dirait... un poids, là, sur la poitrine ! Mais, puisque c'est notre sort à tous, on ne doit pas non plus se laisser dépérir, et, parce que d'autres sont morts, vouloir mourir... Il faut vous secouer, monsieur Bovary ; ça se passera ! Venez nous voir ; ma fille pense à vous de temps à autre, savez-vous bien, et elle dit comme ça que vous l'oubliez. Voilà le printemps bientôt ; nous vous ferons tirer un lapin dans la garenne, pour vous dissiper un peu.

 

Gustave FLAUBERT, Madame Bovary (1856), première partie, III


Jean-Louis FORAIN - Le veuf

Jean-Louis FORAIN, Le veuf, huile sur toile, musée d'Orsay (INV 20053)

 

Duran Duran - Perfect Day (3'50)

 

 

 

 

 

 

De belles paroles prononcées par le père d'Emma ROUAULT à l'attention de Charles BOVARY, son futur gendre. Toutefois, ces paroles de réconfort et cette invitation à se ressaisir ont une visée stratégique, celle de rapprocher le médecin de la demoiselle, et font peser un sérieux doute sur l'empathie réelle de cet homme. Paradoxe néanmoins puisque le père ROUAULT était effectivement amoureux de sa femme, conserve une nostalgie de sa vie conjugale, ce qui laisse supposer qu'il livre une histoire véridique, ouvrant son âme au médecin en relatant sa douleur passée, mais avec pour seul but de le manipuler. Une attention très intéressée en somme.

 

Une métaphore du temps qui passe et contribue au deuil, à retenir, probablement : [...] tout doucement, un jour chassant l'autre, un printemps sur un hiver et un automne par-dessus un été, ça a coulé brin à brin, miette à miette [...]

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 11:35

 

 

Après Narcisse et Goldmund, Suite(s) impérale(s), ne craignant ni les orages d'été, ni bison fûté, ni les après-midi estivales de repassages sous les combles avec un pull et des moufles, D&D et moi avons décidé d'engager une nouvelle lecture croisée :

 

Christine Angot - Une semaine de vacances

Christine Angot - Une semaine de vacances

 

 

comprendre - Pas sûr de ce que je vais lire, du plaisir que je vais y prendre ; un livre qui manifestement a divisé les lecteurs, plutôt contre lui d'ailleurs, enfin il m'a semblé.

 

D&D - J'en suis au premier tiers. Le livre est très court. Mon premier "étonnement" est là : ce sera la première fois, depuis L'Inceste, que je ne lirai pas un livre de Christine Angot "d'une traite", ou tout comme. Cela ne m'est pas possible. J'ai l'impression : parce que je ne trouve pas de "refuge". Il y a la restitution précise d'un mécanisme de violence et rien pour se raccrocher, au sens reprendre de l'air, ou c'est ma première impression : rien comme par exemple une échappée émotionnelle (je ne dis surtout pas qu'il faudrait le faire, mais c'est évident que ça "dépressuriserait"), ou rien comme une attraction pour la "forme" de l'écriture. Je trouve ça très difficile à lire. Maintenant je lis comment ça commence pour toi.

 

comprendre - Le lecteur subit la pression permanente de cette relation à sens unique, ou quasi unique, je comprends parfaitement l'étouffement que tu as pu ressentir au fil des pages et ton souhait de faire une pause en repassant IRL.

 

comprendre - A la lecture des premières pages, on se dit qu'il vaut mieux connaître le contenu de ce livre avant de l'offrir, disons à sa belle-mère ou à sa cousine. Le style est précis, abondant en détails mais sans pour autant créer une impression d'inventaire. Le malaise s'installe assez vite par rapport à la relation entre l'homme et la femme, des indices progressifs nous font comprendre que quelque ne va pas : une épouse, des maîtresses nombreuses évoquées sans tabou, une contrainte latente, une action mécanique, presque rationnelle, dans l'activité sexuelle côté amante. Et puis se pose carrément la question d'un inceste, celui dont nous serions, sans le savoir, témoins depuis la première ligne du roman (la curieuse association jambon / lunette des toilettes). L'âge est d'ailleurs abordé très originalement au départ, sous l'angle des lectures de la narratrice (Gilbert Cesbron, Yvanhoé - avant qu'il ne soit trop tard). Et puis on se remémore les indices croisés dans les premières pages sur la description physique de la femme, la taille de sa bouche, ses formes... Femme-enfant ou enfant ? Le doute est moins permis lorsque se profilent des liens de parentalité et l'inexpérience sexuelle. La certitude commence à l'emporter sur le doute à la page où je suis rendu.

 

Citation : D’un mouvement brusque, il se lève. Il est debout sur la descente de lit. Sur ses deux pieds. Il se dirige vers l’armoire. Dans laquelle il attrape un pantalon, une chemise, un pull, et il sort de la chambre, à pas bien sentis. Il se dirige vers la salle de bain, et lui crie, du couloir, d’une voix sèche, très nette, qu’il va être obligé de rentrer plus tôt que prévu, car il a du travail. Il lui avait dit qu’il n’était pas sûr de pouvoir rester en vacances toute la semaine. Elle lui demande s’il est sûr que ça fait moins mal avec de la vaseline.

 

D&D - Qu'on ne sache pas tout de suite qu'on est dans une situation d'inceste me semble très bien. Ça aussi, ça empêche un "refuge". Comment dire... j'ai l'impression que d'une certaine manière si on commence en disant c'est un inceste, il y a toujours le risque de mettre la situation dans une case, de ne plus la voir pour ce qu'elle est. Comment ne pas tout suite raccrocher à une telle situation ce qu'on croit déjà savoir sur elle ? J'ai du mal à m'expliquer, mais ça (me) permet ça. Là, j'ai l'impression d'être confronté "pour de bon" à la situation. Par ailleurs, ça permet aussi d'approcher un mécanisme de violence qui n'est pas "réductible" à l'inceste. Ce truc de nier l'autre. Je sais pas, c'est compliqué !

 

comprendre - Je crois t'avoir suivi, on est plongé dans cette relation malsaine sans préparation, au même titre que la victime a dû l'être "au fil de l'eau", on se familiarise progressivement, "embarqués". Il y a peu de violences physiques, juste lorsqu'il est question d'accélérer un peu une situation sexuelle dans laquelle la fille n'adhère pas vraiment, elle est surtout psychologique cette violence, et constante. C'est bien, effectivement, de découvrir la situation sur laquelle n'est pas calqué qu'on pense pouvoir/devoir trouver dans ces schémas, voire à regretter de ne pas trouver (mais si, tu sais les images d'Epinal du genre la petite fille qui pleure assise sur son lit en serrant son doudou dans une pièce éclairée par une porte de chambre entrebaillée, ou encore la petite fille qui regarde de biais dans le vague... tiens, des trucs comme ça, ça ou encore ça). Tout à fait d'accord pour la négation de l'autre, elle est devenue une extension de lui dans un sens, asservie et soumise. Il est d'ailleurs tellement sûr de son emprise complète sur elle qu'il lui révèle même des vérités jusqu'alors cachées (le fait d'avoir tuer un piéton et de s'être enfuit).

 

comprendre - C'est l'histoire d'une fille seule, qui a soif de culture et d'attention. C'est l'histoire d'un homme narcissique, obsédé par le sexe et manipulateur. Le second rencontre la première et la domine, l'exploite, l'utilise, la nie. Nous sommes invités à lire quelques jours condensés du calvaire. On peut avoir de l'empathie pour elle, dont on ne saurait rien si ce n'est ce à quoi on l'a reléguée, car elle compose au mieux face à une situation qu'elle subit docilement. On ne peut non plus que difficilement lui donner une part de responsabilité car elle semble très jeune, même si ce n'est pas aussi certain que je ne le croyais au premier tiers du livre, en tout cas au moins sur le plan de son développement (constuction personnelle et expérience de la vie). Ma conclusion de la lecture est globalement positive, principalement pour la qualité de l'écriture et la maîtrise des arcanes de cette relation incestueuse (dans sa terminologie légale et/ou psychologique). L'homme est détestable à souhait, haïssable sans être excessivement carricaturé. Le titre du livre est parfait.

 

D&D - (Le livre est terminé). Je suis très impressionné. Je le relirai un peu plus tard. Je n'ai pas d'avis sur le fait que ce puisse être un grand livre ou non mais je le trouve très important. Depuis, j'ai essayé de trouver quelques propos de l'auteur sur ce travail et voici deux extraits qui m'ont beaucoup parlé :

 

Vous souvenez-vous avoir décidé d'écrire ce livre ?

Oui, je m'en souviens, à un moment précis s'est concrétisée clairment pour moi l'idée que, même si elle est connue de tous, la dimension sexuelle de l'inceste n'est pas sue, que les gens ne "réalisaient" pas. Ils ne savent pas, parce que c'est trop compliqué à savoir. C'est juste une fino, c'est rien, ça n'existe pas. Ils ne voient pas ce que ça veut dire. Cela vaut de manière plus générale pour le sexe, dans une société qui pourtant prétend en connaître un rayon, être affranchie, à l'aise, en plaisanter de toutes sortes de façons, avec de plus en plus de libéralisme nous dit-on.

 

Et

 

Et, pendant tout le courant de l'écriture, une des choses que j'ai recherché le plus, c'est que la perception de la jeune fille soit toujours claire pour le lecteur. Mais qu'en même temps rien ne lui soit demandé à elle, et que le fait qu'elle ne parle pas soit préservé. Vous connaissez la grande phrase : "Ah mais il faut le dire, parlez-en, la la la la..." C'est ridicule, ça n'existe pas. C'est la transformation de toute une société en agent de police qui permet une injonction comme celle-là. Il faut au moins laisser à cette jeune fille la possibilité de ne rien dire, elle ne se trouve pas dans une situation où elle serait capable de produire une parole sociale puisque c'est ce qu'on lui demande. Je voulais qu'on puisse le comprendre. Lorsqu'on cherche à expliquer ça, on n'y arrive pas, quand on veut dire que la question de la parole, du consentement, et tout ça, ça ne marche pas, on s'emmêle les pinceaux. C'est juste impossible. Et cette impossibilité-là, il fallait bien que quelqu'un à un moment donné l'exprime. Tout ce qu'ils sont capables de dire, c'est qu'elles se sentent coupables... Il faut arrêter avec ça. Avec ces trucs psychologisants de très bas étages. On n'est pas du tout là-dedans, on est dans une absorption par le néant, on est dans quelqu'un en train d'être tué. C'est ça que j'essayais d'écrire, c'est comment quelqu'un qui est en train d'être tué se sent. J'ai compris en écrivant ce livre pourquoi ça s'appelait crime, ce truc-là. Il y a tout un tas de mots comme ça, tout un tas de mots qui existent et dont on pense que ce sont des formes vides, mais non. J'ai voulu montrer de quoi c'était plein.

 

 

THE END

 

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 21:25

 

Comme nous le fîmes il y a quelques mois pour le livre Narcisse et Goldmund, D&D et moi avons souhaité engager un échange littéraire sur un livre dont nous assurerons une lecture parallèle. Notre choix s'est porté sur le roman Suite(s) impériale(s) de l'écrivain américain Bret Easton Ellis.

 

Le livre utilisé pour le défi lecture

Suite(s) impériale(s)

Livre broché, Edition Robert Laffont, collection Pavillons

 

Approche de comprendre : le roman Suite(s) impériale(s) est présenté comme la suite du roman Moins que zéro qui a fait connaître Bret Easton Ellis (généralement surnommé "BEE") à travers le monde. De BEE, j'ai lu plusieurs ouvrages avec un enthousiasme inégal : très surpris et bien accroché par Lunar Park, accroché par American psycho, mitigé sur Glamorama. Avant de démarrer Suite(s) impériale(s), j'ai souhaité lire Moins que zéro, d'autant plus que D&D a déjà lu ce premier roman de la duologie ; je suis donc actuellement engagé dans cette lecture (au 2/3 du livre). A ce stade, je dois dire que mon opinion est plutôt mitigée.. Et ma conclusion est effectivement mitigée, on en reparlera.

 

Démarrage du livre Suite(s) Impériale(s), D&D écrivait :

 

D&D - L'ouverture du livre me séduit immédiatement : l'intégration directe du livre Moins que zéro dans les premières pages est déjà un bon petit terrain de jeu en soi, d'autant plus jouissif pour moi que ça passe assez vite. Je suis curieux de voir si BEE y reviendra mais ça ne me semble pas indispensable.

 

"Il y avait vraiment eu une projection d'un snuff film dans cette chambre de Malibu, [...] ma petite amie avait bien écrasé un coyote au-dessous de Mulholland, [...] une fille de douze ans avait bien été victime d'un viol collectif" (p. 11)

 

Outre les enjeux littéraires réalité/fiction que ça trimballe et qui restitue d'emblée ce livre dans la continuité de la recherche que laissait exploser Lunar Park, la manière dont le personnage de Clay est ainsi (ré)activé me semble passionnément contemporaine : vivre avec sa vie totalement exposée, cette exposition elle-même relevant d'une zone où réalité et fiction s'interpénètrent d'une manière qui n'appartient plus strictement à une seule personne/un seul auteur.

 

"C'était simplement quelqu'un qui flottait au milieu de nos vies et n'avait pas l'air gêné par sa perception stéréotypée de chacun de nous ou par le fait qu'il dévoilait nos échecs les plus secrets au monde entier, préférant glorifier l'indifférence juvénile, le nihilisme rutilant, donner l'éclat du glamour à toute l'horreur du truc" (p. 14)

 

comprendre - J'ai également apprécié cette réactivation de Clay pour nous raconter que ce qu'il a vécu a donné lieu à la production de romans... romans rappelant eux mêmes les productions de BEE. Clay se retrouve d'autant plus "broyé" dans cette nouvelle perspective qu'il devient définitivement un spectateur de "l'horreur", stupide personnage de fiction servant de faire-valoir à l'expression de la perception (stéréotypée) de BEE quant à une jeunesse désenchantée, nihiliste, désoeuvrée, expression dans laquelle BEE nous laisse également entendre qu'il règle des comptes personnels, notamment sentimentaux. Où se situe la vérité ou la fiction, on s'en moque un peu, l'exercice est plaisant.

 

D&D -  Je t'avoue que je sens un petit décrochage à cause de la langue, donc je pense que je jetterai aussi un oeil sur le texte en VO. J'ai le sentiment que c'est particulièrement compliqué de traduire BEE, tant il y a aussi un rapport étroit chez lui à la concision dont l'anglais est capable, et avec laquelle le français patine pas mal. Mais bon, on a quand même l'air loin de la cata qu'était la traduction de The Informers (c'est-à-dire que pour que moi-même je m'en rende compte alors que je suis vraiment pas bilingue, c'est quand même hallucinant.).

 

comprendre - Entièrement d'accord avec toi, on perçoit bien les phrases rapides, les noms et adjectifs courts. Egalement d'accord sur le fait que la traduction de ce style doit être difficile dans notre langue.

 

D&D - Le pari fictionnel marche bien pour moi, j'ai vraiment l'impression de retrouver Clay vingt-cinq ans plus tard. Ce qui m'étonne un peu, et me met l'eau à la bouche, c'est que Moins que Zéro avait aussi un côté plongée très progressive dans le cauchemar, et ici, le cauchemar se faufile très vite, pas sauvagement mais presque immédiatement (en étant a priori davantage du côté du thriller). Donc, je me demande vraiment vers quel dérapage on va parce que j'imagine pas BEE se contenter d'un truc à la whodunit.

 

comprendre - Je suis plus mitigé quant au retour des anciens de "Moins que zéro", je n'arrive pas à m'intéresser à ces personnages ou à leurs problèmes. Plongée progressive dans l'angoisse et le cauchemar, gros problème pour ce qui me concerne : c'est à la fois le côté que je préfère (les SMS enigmatiques, les objets qui sont déplacés pendant l'absence de Clay, les voitures devant son immeuble) et celui qui me saoûle le plus. Sur ce point, je ne peux évidemment pas m'empêcher de penser à "Lunar Park" et la comparaison est sans pitié. Je prolonge : certains procédés me rappellent également "Glamorama", je crois d'ailleurs qu'il s'agit de clins d'oeil pour les lecteurs de BEE, mais toujours un cran en dessous. Enfin, dans cette dimension angoisse, j'ai parfois l'impression de lire "la petite musique" de Stephen King, un Stephen King qui démarrerait pas très bien, mais je sais intimement que le roman de BEE ne prendra pas d'ampleur et je suis déçu par avance. En bref, je me sais lire un énième BEE, qui n'a en outre pas la tenue de "Lunar Park", et je me prends à regretter que BEE ne sache pas se diversifier plus.

 

Une heure plus tard, je reçois un SMS en provenance d'un numéro caché, le premier en onze jours ou presque : où est-elle partie ? (p. 92)

 

D&D - Enfin, je suis très client de l'inscription directe dans le monde du cinéma cette fois, en tout cas dans un monde du cinéma, parce que bien sûr BEE s'intéresse ici à une faune bien particulière, mais certainement pas minoritaire, et j'imagine qu'après m'être fadé récemment la consternante saison finale de la série Entourage (faut le voir pour le croire, je crois qu'HBO est derrière, c'est à pleurer), ça fait un bon antidote.

 

comprendre - Arrivé à la centaine de pages, BEE n'est finalement pas tellement resté/rentré dans le monde du cinéma. Assez carricatural d'ailleurs la relation entre Clay et Rain, l'actrice qui couche pour avoir un rôle...

 

Pourquoi vous ne vous êtes pas plutôt présentée au producteur ? Il était à la fête lui aussi. (p. 60)

 

D&D - C'est marrant parce que ce sur quoi tu mets le doigt et que tu trouves faible, c'est ce qui m'a intrigué : le côté pré Lunar Park. Je veux dire : Lunar Park, c'est fait. Nécessairement en commençant Suite(s) Impériale(s), ça va réactiver l'imaginaire du lecteur de BEE qui a lu les précédants. Et là, ça m'intrigue parce que je me dis : FORCEMENT, il va pas faire ça. Disons que c'est un pari sur l'auteur, une confiance accordée. Dans le même temps, il balance des éléments qui nous ramènent à nos précédantes "dégustations". En cela, je pense que le livre se prépare à jouer avec le "déceptif", que le "déceptif" par rapport à cette attente-là fait partie du projet. Je pense pas mal à ça, faudrait que je le formule... Après, j'imagine que c'est plus ingrat pour toi si le retour des personnages de Moins que zéro te plombe :-)

 

comprendre - Je vois qu'on est d'accord pour les clins d'oeil volontaires, par contre j'ai du mal à suivre pourquoi il a finalement fait la même chose, euh, ah ok, on se dit FORCEMENT il va pas refaire la même chose... et il le refait ? Euh... En même temps, côté intéret c'est un peu limité, non ? Parce que, bon, il ne me reste plus que 10 pages à lire, mais je n'ai rien vu d'original. Pour moi, Suite(s) est un mix de Glamorama et de Lunar Park avec les personnages de Moins que zéro. Donc, logiquement par rapport à mes expériences précédentes, j'ai apprécié le côté Lunar Park et je me suis pas trop passionné pour le côté Glamorama (comme pour ce livre) tout en regrettant le retour de Clay et de ses amis.

 

D&D : Ce que je veux dire, c'est non : non, in fine, il ne le refait précisément pas. Il cherche autre chose. Je crois. Lié au "déceptif". Quand j'aurais relu un peu, je chercherai s'il y a des entretiens avec lui, ça m'intrigue vraiment ;-)

 

comprendre - Deux passages que j'ai trouvé très bons : le passage où Clay observe depuis l'extérieur la dispute entre Rain et sa collocataire + le passage où Clay décrit avoir profité "un max" de la situation avec Rain (son attente du rôle) et lui faisant l'amour un peu partout dans l'appart en abusant outrancièrement de la situation. Un passage un peu suréaliste à mon goût : la trop longue discussion de Clay et Julian sur le ponton.

 

D&D - Sur la question de la relation avec Rain, je ne la trouve pas caricaturale en revanche, mais assechée, épurée. Sans merci.

 

comprendre - Elle n'était pas encore partie à San Diego quand j'ai écrit que son personnage était carricatural. En fait, après son départ, elle prend beaucoup plus de volume, elle sort du décor pour rentrer dans les personnages. D'accord avec ce que tu suggères, c'est une sorte de machine, avec un fonctionnement rationnel un peu mécanique mais avec beaucoup de pulsions étranges et pas toujours compréhensibles (parce qu'il nous manque des clés de compréhension, comme Clay).

 

comprendre - Ah ben voilà, dans les dernières pages on ajoute un peu de American Psycho aux autres références littéraires de BEE. Je me disais que le livre était tellement décalé par rapport à sa biblio qu'il n'avait pas pu/voulu l'intégrer, ben si. D'ailleurs, pour le coup j'ai compris le message (la ville l'a changé), mais qu'est-ce que ça tombe à plat... Un sadisme consensuel, de l'horreur accusatrice, là non plus je n'ai pas été convaincu. Au final je suis peu convaincu par ce roman, tout comme Moins que zéro, je n'y ai pas pris beaucoup de plaisir, peu intéressé par l'histoire (faible et décousue), par les personnages (décalage culturel ?), par le style narratif (qui ne me déplaît pas mais ça fait un peu redite passé trois ou quatre ouvrages) et par l'ambiance parano-oppressante (qui est de meilleure facture dans d'autres ouvrages).

 

Et pour conclure, D&D vous propose trois lectures complémentaires, en ligne, pour éclairer votre analyse :

 

http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20100902.BIB5573/bret-easton-ellis-ce-livre-m-a-sauve.html
http://www.telerama.fr/livre/bret-easton-ellis-dans-mon-univers-le-mal-est-toujours-la,59557.php
http://www.vice.com/fr/read/bret-easton-ellis-426-v4n6

 

 

Publié par comprendre - dans Livres
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