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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 19:56
Trente minutes. C'est le temps dont je dispose pour vous dire des choses intéressantes, ou du moins qui me semblent présenter un intérêt pour un lecteur de ce blog.

La première, c'est une réflexion sur les programmes télévisuels grand public. Oui, voilà, les merdes... Je vous trouve bien injustes tout à coup... En fait, je pense que ces programmes à faible teneur en matière grise atteignent parfaitement les objectifs qui leur sont fixés : distraire. Le travailleur qui arrive crevé par sa journée et qui recommencera la même  le lendemain, ou encore le mec qui galère dans sa vie, ils cherchent à se détendre, à voir des trucs simples, colorés et drôles et n'ont pas des masses l'envie, voire la possibilité, de reconcentrer leur attention sur le documentaire Arte ou la relecture du Ventre de Paris (de Zola, incultes !). Aussi, je dis que La nouvelle star ou autres programmes de ce type sont utiles et répondent à un besoin, celui de détendre son esprit.


Pour la deuxième, il me reste dix minutes.

Dans une émission "2000 ans d'histoire" consacrée à Tibère, l'empereur romain, le présentateur lui attribuait une phrase :

"Après moi, que le feu fasse disparaître la terre"

Je ne connais pas la source du présentateur, mais j'avoue avoir un doute... En tout cas, cette phrase me revient souvent à l'esprit comme l'image de la laideur d'un égo humain porté à son paroxysme. Elle illustre l'égoïsme de Tibère dans une forme très avancée : le monde n'existe que parce que "le soi pensant" (Tibère) existe. En réalité, notre mort, aussi "important" soit-on, est d'une banalité affligeante ! Les heures, les jours, les mois continueront de s'égrainer, même malgré nous. Et quelles traces durables aura-t-on laissé dans ce monde qui, selon toute vraisemblance, ne disparaîtra pas dans les flammes le jour de notre décès ?


Quarante minutes. J'ai raté le début de mon film... On ne m'y reprendra plus à dire des choses "intéressantes" ;)

Publié par comprendre - dans Philosophie
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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 10:39

Giacomo Borlone - Détail de la danse macabre de Clustone


D'aucun aura noté, principalement sur mon "ancien" blog, que le thème de la mort revient régulièrement dans mes articles. Pour exemples : la résurrection des morts, miracle, humbles réflexions sur la mort, qui lui ouvrent les yeux pour se bien connaître.

Je souhaite préciser que je ne ressens aucun intérêt pour le macabre, mais que j'essaye d'appréhender avec raison cet évènement de la vie terrestre et d'en tirer des compréhensions sur notre monde. Si je dis *j'essaye* d'appréhender avec raison, ce n'est pas par hasard car, comme beaucoup je le crois, j'appréhende la mort, tant la mienne que celle de mes proches, avec peur et interrogations.

Il se trouve que la peur de la mort est l'un des points de départ, pour ne pas dire *le* point de départ, de la démarche philosophique : comment trouver le salut avant l'inéluctable fin de sa vie ?

Telle son ombre, la finitude accompagne l'homme dans sa vie quotidienne : nous démarrons chaque journée avec l'absolue certitude, consciente ou non, de notre mort à venir. C'est l'un des faits les plus tangibles de notre monde matériel, peut être même plus tangible que la certitude de notre propre existence (n'en déplaise à René Descartes).

A partir de cette donnée ("Je sais que je vais mourir"), se pose une (parmi d'autres) interrogation majeure : comment dois-je vivre avant de mourir ?

La philosophie, du moins dans son approche stoïcienne, a pour ambition d'aider l'homme à répondre à cette question en lui proposant une méthode pour vivre sa vie en accord avec le monde qui l'entoure et, de ce fait, de devenir un homme sage pouvant intégrer ce monde organisé (cosmos) et trouver le salut à son existence.

C'est le paradoxe de la mort : elle marque la fin de la vie de l'homme mais sert de départ à une interrogation personnelle.

Il conviendra de noter que cette démarche "autonome" sur la voie du salut relève de "la libre pensée" : nul dieu ou nulle église n'interfère dans cette recherche du salut. Seule la raison permet à l'homme d'atteindre son "but". Le christianisme rejettera avec mépris cette démarche des libres penseurs qui affirment "avec prétention" pouvoir parvenir au salut sans suivre la voie du Christ, seul intercesseur entre les hommes et Dieu selon le dogme chrétien.

Publié par comprendre - dans Philosophie
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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 22:00
Voici un passage tiré d'un blog ami qui m'a donné envie de partager avec vous une réflexion :

Parce que je me considère "mieux" que les "veaux", j'en oubliai que des personnes bien plus brillantes que moi existaient [...]


Pour citer une nouvelle fois "La pierre et le sabre" de Eiji Yoshikawa, lisez donc la rencontre entre Musashi et un maître d'armes à qui il souhaite se mesurer :
"Musashi était presque certain, d'après ce qu'il en avait déjà vu, qu'il pouvait se mesurer à cet homme, mais il s'interdit trop de hâte. Takuan lui avait enseigné la première leçon de l'existence : que le monde contient beaucoup de gens qui risquent fort de vous être supérieurs. [...] Avant de laisser son orgueil et sa confiance en lui l'amener à sous-estimer un adversaire, il voulait le jauger sous tous les angles. Tout en assurant ses bases, il resterait sociable, même si cela risquait parfois de paraître lâche ou servile à son adversaire."

Après cela, je me réfère également à "L'Art de la guerre" :
"Toute campagne guerrière doit être réglée sur le semblant. [...] simulez l'infériorité pour encourager son [l'ennemi] arrogance. [...] Vous feindrez quelquefois d'être faible afin que vos ennemis, ouvrant la porte à la présomption et à l'orgueil, viennent ou vous attaquer mal à propos, ou se laissent surprendre eux-mêmes et tailler en pièces honteusement."

laotseu.gif

L'orgueil et l'arrogance sont sources d'échecs (personnels, professionnels...) car ils prédisposent qui en est atteint à une mauvaise évaluation des situation et des capacités, les poussant de ce fait à s'exposer inutilement.

On peut être supérieur à l'ennemi mais sans pour autant être objectivement en position de force : c'est le cas face à un adversaire qui adopte une posture humble voire, plus stratégique, feinte pour fausser le jugement qui est porté sur lui. Une armée peut bien être plus expérimentée et mieux équipée, il n'en restera pas moins qu'elle se fera décimer si elle se rue dans un fossé hérissé de pieux en croyant prendre par surprise son adversaire.

Relisez la suggestion de Sun Tzu, il propose de pratiquer le "semblant" pour instrumentaliser l'orgueil de l'adversaire et l'amener de sa propre initiative à attaquer une armée parfaitement "préparée". C'est ni plus ni moins que le pousser, par la ruse, à se jeter dans la gueule du loup. L'arrogant, même s'il est en position de force, peut se retrouver battu par un adversaire inférieur mais qui aura su exploiter son travers. Et l'arrogance est justement l'un des travers les plus faciles à détecter ;)


Et pour conclure, je vous conseille la lecture attentive d'une réflexion sur l'humilité attribuée à Lao-Tseu :
Il existe des hommes intelligents et à l'esprit pénétrant qui frisent la mort ; c'est parce qu'ils aiment critiquer les autres. Il existe des hommes au vaste savoir et à la grande éloquence qui mettent leur vie en péril ; c'est parce qu'ils aiment dénoncer les mauvaises actions des autres. Aucun fils ni aucun sujet ne devrait traiter les autres comme sa possession.
Publié par comprendre - dans Philosophie
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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 22:57
ill-bossuet.jpgDeux crânes dans les catacombes de Paris (site source)


Ô mort, nous te rendons grâces des lumières que tu répands sur notre ignorance : toi seule nous convaincs de notre bassesse, toi seule nous fais connaître notre dignité : si l’homme s’estime trop, tu sais déprimer son orgueil ; si l’homme se méprise trop, tu sais relever son courage ; et pour réduire toutes ses pensées à un juste tempérament, tu lui apprends ces deux vérités, qui lui ouvrent les yeux pour se bien connaître ; qu’il est infiniment méprisable, en tant qu’il finit dans le temps ; et infiniment estimable, en tant qu’il passe à l’éternité.

Bossuet, Sermon pour le vendredi de la IVe semaine de carême
Publié par comprendre - dans Philosophie
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10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 14:46
L'herméneutique : voilà un nom féminin qui attirera sur vous des regards admiratifs lors du prochain dîner en ville.

L'étymologie du nom est grecque : hermeneuein, verbe qui signifie "interpréter" et "traduire". Vous vous en doutez bien, ce verbe était lui-même associé du dieu Hermès, le messager des Dieux de l'Olympe. (sa reconversion dans l'industrie du luxe fut plus tardive).

hermes.jpgLe dieu grec Hermès
avec ses petites sandales ailées

La définition est relativement simple puisqu'elle se rapporte à son origine grecque : l'herméneutique est l'interprétation d'une oeuvre permettant de mettre en lumière sa signification cachée.

Certaines productions humaines (textes littéraires, peintures, mythes, paraboles...) ne répondent pas à nos canons actuels (star academy, bisounours, Ségolène...) et ne délivrent leur signification que si l'on mobilise son savoir et son intelligence pour le comprendre (rappelons que comprendre signifie "assembler sous l'unité d'un sens" et s'applique parfaitement à l'action de décoder une multitude de détails insérés dans une oeuvre pour en retarder son déchiffrement).

L'exemple typique applicable à l'herméneutique est le texte théologique, quel qu'il soit : la compréhension du message divin n'est pas de lecture directe et nécessite un travail attentif et répété. On évoquera pour illustration la kabbale juive qui vise à trouver différentes "couches" de savoirs dans la Torah.

Wikipédia m'a expliqué (lol) que Hans Robert Jauss avait élaboré une "triade herméneutique" pour étudier les oeuvres. Cette méthode me semble aboutie et je vous la livre ici :

- La première étape est la compréhension immédiate : ce que l'oeuvre "dit" dans une première approche, les émotions directes qu'elle suscite.

- La deuxième étape est la reconstruction de l'oeuvre en la replaçant dans son contexte historique et culturel : qu'a-t-elle apporté de nouveau, en quoi sa création à ajouter un plus dans son domaine.

- La troisième et dernière étape est l'interprétation de l'oeuvre : cette étape découle des deux premières et doit permettre d'expliciter les questions que posent l'oeuvre et de déterminer les réponses qu'elle apporte.

pi.jpgImage tirée du film "PI" de Darren Aronofsky
Encore un qui cherche à comprendre ;)

Maintenant que vous avez la méthode, vous n'avez plus qu'à vous transformer en herméneutes du quotidien et à "interpréter" (personnellement je préfère "traduire") tout ce que vous lisez ou voyez. Attention à ne pas trouver tout et n'importe quoi dans le néant absolu ;)

Un exemple de la démarche herméneutique ? Un texte sacré, l'évangile de Matthieu (XVI, 25) :
Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera.

Lecture immédiate : on doit sacrifier (au sens propre) sa vie pour vivre éternellement.
-> Cf. les martyrs Chrétiens (voir la lapidation de Saint Etienne) et les lectures vulgaires des extrémistes religieux.

Sens hermétique : le message du Christ permet de vaincre la mort physique en permettant à l'homme de devenir ce qu'il est (lumière).
-> Cf. par exemple l'évangile selon Thomas : "celui qui se fera herméneute de ces paroles ne goûtera plus de mort"

La boucle est bouclée !

Vous avez dit :

Antoine : Ah d'accord c'est donc ça l'herméneutique, merci j'ai compris comment comprendre maintenant. Moi qui pensais que l'herméneutique faisait encore débat dans la sphère de la philosophie, je suis content de voir que quelqu'un ai pu circoncir cette problématique en quelques lignes là où, entre autres, Heidegger, Gadamer, Habermas, Derrida se sont perdus en d'interminables écrits et discours.

Mais quelle boucle as-tu bouclé?

Peut-être as-tu cru lire ici un blog "philosophique" destiné à un public averti ? Cette erreur explique probablement ton ironie. Mes pages visent à élargir les perspectives et à enrichir des réflexions, pas à apporter des vérités flamboyantes ou à servir de tribune à des débats spécialistes. Tu as lu Derrida ? Grand bien t'en fasse, mais quel plaisir retires-tu à sentencier le non spécialiste dans sa démarche d'enrichissement ? Procèdes-tu de la sorte dans ton "milieu" culturel ou, au contraire, subis-tu cette suffisance ? Pour ma part, j'ai une spécialisation en droit et je n'irai pas jouer le quistre en tartinant des pages et des pages de "blog" dans le seul but de satisfaire mon égo. Non, ce n'est pas la peur, cela s'appelle l'humilité. Si je veux confronter mes idées dans mon domaine, je me rapprocherai de mes pairs, et non de "blogs" juridiques généralistes. Vois-tu où je veux en venir, Antoine ?

Quelle boucle ? Disons qu'il y a une logique interne à cet article que quelques lecteurs auront comprise. Allez, tu es quelqu'un de cultivé et je conviens que tu mérites mieux qu'une réponse vague. Et si l'objectif de mon article n'était pas l'herméneutique mais la mise en relief d'un texte gnostique ? Nttt Nttt Nttt, ne t'arrête donc pas en si bon chemin, regarde l'adjectif qualificatif qui est utilisé pour décrire le sens de ce texte : "hermétique". La boucle est bouclée car je publie un texte dont la lecture immédiate est l'herméneutique mais qui comprend en réalité un sens caché, à savoir la désignation d'une dimension hermétique de cet ogion de l'évangile selon Thomas. Tu ne comprends pas ? Ne t'inquiète pas, on en débat encore dans une autre sphère ;)

Publié par comprendre - dans Philosophie
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