Les passions
Article initialement publié sur mon blog précédent le 02 septembre 2007
Ulysse résiste au chant des sirènes Passion est passivité de l'âme et activité du corps.
René Descartes
René Descartes
J'ai vu rouge. J'ai agi sous le coup de la colère. J'ai pété les plombs. Je ne maîtrisais plus rien. J'étais hors de moi. J'étais fou de rage. Je l'ai tué par amour. Toutes ces phrases ont un point commun : une émotion a piloté un acte. J'aime à penser que c'est la raison qui gouverne nos actes. Au quotidien, nous prenons les décisions et nous agissons dans notre intérêt (personnel ou collectif). Notre libre arbitre nous permet de faire ce que notre raison estime être le bien.
L'émotion, elle, n'a aucune dimension raisonnable, elle pilote les décisions et les actes sans que l'âme n'ait son mot à dire. Décide-t'on de tomber amoureux, d'être déprimé, d'être joyeux, d'être haineux ? Non, au même titre que la raison n'a pas son mot à dire lorsque la main se retire par réflexe d'une plaque brûlante, la raison reste passive face aux émotions.
Dans la tradition philosophique, l'émotion se désigne par le terme de passion (pathos pour les Grecs). L'émotion est subie par le corps, elle est passive. La raison anime le corps, elle est active.
Les neurosciences nous font découvrir progressivement le poids de la génétique. Les romantiques s'exaltaient du sentiment amoureux là où l'on découvre une succession de production et de transmission de messages chimiques (hormones, phéromones) et une primalité de reproduction de l'espèce. Le bon partenaire est celui qui affiche sa fécondité et une capacité à protéger sa progéniture, tant par sa force que par son patrimoine génétique (nous sommes attirés par les individus disposant d'un système immunitaire différent du nôtre, on est bien loin du coup de foudre romantique, n'est-ce pas ?). Douloureux constat : nous sommes toujours des animaux, c'est le poids de notre évolution génétique, que nous l'acceptions ou non.
La raison (logos chez les Grecs) permet d'agir en mobilisant nos savoirs et nos valeurs. L'action raisonnée est réputée éclairée et juste. Bien entendu, elle peut être détournée pour agir pour le "mal" comme par exemple pour porter préjudice à autrui à des fins narcissiques ou égoïstes. Néanmoins, l'action est choisie et accomplie "froidement", sous la seule impulsion de la raison.
Aussi, la raison et la passion sont deux sphères opposées sur le plan philosophiques et physiologiques. L'une est active, l'autre est subie. L'interaction entre les deux, c'est la modération : la raison peut atténuer les passions sans toutefois, du moins à mon sens, les faire disparaître. L'homme qui surprend son épouse aimée dans le lit de son amant subira immédiatement un flot de passions (haine, culpabilité, trahison, amour, destruction) qu'il pourra immédiatement raisonner par la mobilisation de sa conscience (détermination des possibles, mise en perspective des évènements, refus de l'impulsion). L'action passionnée pourra déboucher sur un acte destructeur (homicide), sur une extériorisation du trop plein de passions (hurlements, coups, effondrement psychologique...). A l'inverse, une action objectivement raisonnée conduira à une communication sereine, quelle que soit le contenu du message transmis et des décisions exprimées.
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