Lanterne magique
Le principe de la lanterne magique est relativement simple : une boîte qui, grâce à un jeu de lentilles et à une source de lumière, projette une image, à partir d'une plaque de verre peinte, sur les murs d'une salle obscure.
Ce procédé est inventé au milieu du XVIIe siècle. Il connaît une utilisation ludique ou pédagogique dans toute l'Europe, notamment au cours du XIXe. Les montreurs de lanterne magique sillonnent la France pour proposer la projection d'images représentant des fables ou des histoires populaires, des caricatures, des représentations religieuses ou des paysages plus ou moins fantastiques.
Exemples d'images peintes : scènes populaires (haut) ou éruption du Vésuve (bas, Royal Polytechnic)
Longtemps à l'avance c'était une fête promise et impatiemment attendue. Cela faisait travailler nos petites têtes d'enfant, il fallait voir !
Montreur de lanterne, 1850
"Entrez Messieurs, lanterne magique, pièces curieuses, 5 centimes, 1 sou pour les petits, 3 pour les grands. Entrez Messieurs, c'est magnifique !"
A la joie du spectacle annoncé se mêlait, en effet, une sorte de terreur superstitieuse. Ne racontait-on pas que souvent les montreurs de lanterne magique étaient des voleurs qui profitaient de ce subterfuge pour s'introduire dans les maisons, et que, les ténèbres une fois faites, ils dévalisaient parfois les appartements.
Vous pensez si l'on grossissait ces récits terrifiants!
Et puis l'appareil lui-même de la lanterne magique avait quelque chose de mélancolique, pour ne pas dire de sinistre.
Cet orgue, qu'on entendait de loin grincer ses refrains enroués, parles longues et tristes soirées d'hiver, nous prédisposait-il pas déjà à la frayeur superstitieuse? Et ce cri qui ponctuait les intervalles où l'étrange musique faisait silence ! ce cri qui montait vague et plaintif : Lanterne magique ! tout cela impressionnait vivement les cerveaux enfantins.
C'était bien autre chose encore, lorsque les deux bonshommes chargés de l'exhibition avaient gravi l'escalier, appelés pour donner leur représentation bizarre.
De loin, on entendait leur pas lourd se rapprocher démarche en marche... Ils arrivaient, c'étaient eux ! On se serrait les uns contre les autres, regardant curieusement leurs costumes délabrés qui semblaient plus pauvres encore au milieu des dorures d'un salon.
Alors ils demandaient un drap... Oh! le drap!... le drap que l'on tendait solennellement le long de la muraille! Hrrrou! il faisait penser à un cercueil!... Et l'on frissonnait malgré soi, et l'on serrait encore plus les rangs.
La séance alors commençait.
Schenau - Gravure sur bois de 1855
L'orgue entamait une ritournelle criarde, on éteignait les lampes.
Instant décisif !
N'est-il pas vrai qu'en fouillant dans votre mémoire, vous y retrouvez comme moi des sensations étranges à l'endroit de la lanterne magique, et que jamais grand spectacle ne vous a depuis lors aussi profondément remué ?
Le texte surligné en bleu est extrait de : Pierre Véron, "La vie fantasque", 1876
Pour en savoir plus :
- "Ah, la lanterne !", par Antoine de Baecque, L'Histoire n°348, décembre 2009
- Laterna Magica, site hébergé par la cinémathèque française : voir notamment les très belles collections