Le prêche de la première croisade
"A tous ceux qui y partiront et qui mourront en route, que ce soit sur terre ou sur mer, ou qui perdront la vie en combattant les païens, la rémission de leurs péchés leur sera accordée. Qu'ils aillent donc au combat contre les infidèles. Qu'ils soient désormais les chevaliers du Christ."
Extrait du prêche prononcé par le Pape Urbain II
Il y a un peu plus de 900 ans, le 27 novembre 1095, à l'occasion du concile de Clermont, le pape Urbain II encouragea les Francs de toute condition à prendre les armes contre les infidèles musulmans qui occupaient alors la ville sainte de Jérusalem.
Cette exhortation fut une vraie surprise, Urbain II n'avait pas annoncé qu'un tel prêche serait prononcé publiquement, à proximité de l'église Notre-Dame-du-Port de Clermont, lors de ce concile.

Les motivations de cet appel à la guerre sainte sont multiples : en secourant les frères chrétiens d'Antioche et de Jérusalem, le Pape Urbain II entend renforcer l'unité de la Papauté, divisée quelques années auparavant par un schisme (séparation) religieux.
Par ailleurs, les convictions personnelles d'Urbain II devaient le pousser à focaliser les attitudes querelleuses des seigneurs vers un ennemi commun plutôt que de les laisser se faire la guerre entre eux.
Enfin, au sortir de l'obscurantisme du Haut Moyen Âge, la pression démographique se faisait sentir en Europe : la première croisade est également une guerre de conquête, tout autant qu'une action préventive contre les Turcs Ottomans installés aux portes de l'Europe.
" Deus Lo Volt "
"Dieu le veut" est la réponse, hurlée par la foule, laïque comme religieuse, qui assiste au prêche d'Urbain II. Les talents d'orateur et l'argumentaire du Pape ont provoqué une véritable ferveur populaire. Au milieu des cris enthousiastes, Urbain II leva la tête, rendit gloire au ciel, et dit : "Lorsqu'ils se lanceront à l'assaut contre les infidèles, c'est ce cri de guerre que les chevaliers chrétiens devront pousser d'une seule voix". (Robert le Moine)
Ce même cri sera poussé le 15 juillet 1099 lorsque les croisés engageront l'assaut de Jérusalem.

Le message d'Urbain II sera renouvelé dans plusieurs villes européennes, par lui-même ou par d'autres ecclésiastiques (dont Pierre l'Ermite). Une ferveur populaire répondit à l'appel et la "croisade des chevaliers" attendue par le Pape sera en réalité précédée par une "croisade des pauvres gens", à laquelle participèrent, notamment, des femmes et des enfants.
"Tous les lâches resteront, qui n'aiment
Ni Dieu ni le bien ni l'honneur ni la gloire.
Chacun dit : "Que fera ma femme ?
Je ne quitterai à aucun prix mes amis."
Ceux-là croupissent dans une coupable attente,
Car il n'est d'ami, certainement, que de celui
Qui pour nous fut mis sur la vraie croix."
Thibaud IV le Chansonnier
Extrait d'une chanson de croisade
(pour illustration car postérieure au XIe siècle)