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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 13:32

Jules RENARD –- Poil de carotte (1894)


Librio Poil de Carotte - Crédits photo : amazon.fr
Poil de carotte est un enfant aux cheveux roux qui vit dans une famille paysanne française à la fin du 19e siècle. Il est mal aimé par les siens et, pire, est constamment humilié par sa mère. Contre cela, il ne peut rien faire, sinon ruser pour éviter les humiliations.

Le texte de Jules Renard est une suite de petites nouvelles formant un ensemble facile d’'approche et très agréable à lire. Ceux qui ont connu la vie à la campagne y reconnaîtront une foule des petites choses du quotidien (les rognures données aux lapins, aller fermer les poules avant la nuit, les objets usuels…...).

Le texte intégral est libre de droit et vous pourrez le lire en cliquant sur ce lien. Un extrait :




La Mouche

Illustration La Mouche - crédits : Université Paris 12
La chasse continue, et Poil de Carotte qui hausse les épaules de remords, tant il se trouve bête, emboîte le pas de son père avec une nouvelle ardeur, s’applique à poser exactement le pied gauche là ou M. Lepic a posé son pied gauche, et il écarte les jambes comme s’il fuyait un ogre. Il ne se repose que pour attraper une mûre, une poire sauvage et des prunelles qui resserrent la bouche, blanchissent les lèvres et calment la soif. D’ailleurs, il a dans une des poches du carnier le flacon d’eau-de-vie. Gorgée par gorgée, il boit presque tout à lui seul, car M. Lepic, que la chasse grise, oublie d’en demander.

— Une goutte, papa ?

Le vent n’apporte qu’un bruit de refus. Poil de Carotte avale la goutte qu’il offrait, vide le flacon, et la tête tournante, repart à la poursuite de son père. Soudain, il s’arrête, enfonce un doigt au creux de son oreille, l’agite vivement, le retire, puis feint d’écouter, et il crie à M. Lepic :

— Tu sais, papa, je crois que j’ai une mouche dans l’oreille.

Monsieur Lepic : Ote-la, mon garçon.

Poil de Carotte : Elle y est trop avant, je ne peux pas la toucher. Je l’entends qu’elle bourdonne.

Monsieur Lepic : Laisse-la mourir toute seule.

Poil de Carotte : Mais si elle pondait, papa, si elle faisait son nid ? Monsieur Lepic : Tâche de la tuer avec une corne de mouchoir.

Poil de Carotte : Si je versais un peu d’eau-de-vie pour la noyer ? Me donnes-tu la permission ?

— Verse ce que tu voudras, lui crie M. Lepic. Mais dépêche-toi.

Poil de Carotte applique sur son oreille le goulot de la bouteille, et il la vide une deuxième fois, pour le cas où M. Lepic imaginerait de réclamer sa part.

Et bientôt, Poil de Carotte s’écrie allègre, en courant :

— Tu sais, papa, je n’entends plus la mouche. Elle doit être morte. Seulement, elle a tout bu.

Illustration La Mouche
Publié par comprendre - dans Livres
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commentaires

margareth 01/05/2009 14:04

Les textes brefs de Jules Renard sont un régal ! Je les ai lus et relus !

comprendre 01/05/2009 15:04


Cet auteur mérite d'être lu et mieux reconnu. Merci pour nous rappeler le plaisir de ces moments partagés.


Marie 25/04/2009 22:09

C'est rigolo ! Mon instit de CM2 nous avait fait découvrir Poil de Carotte ! C'est un très beau livre, accessible à tous les âges. C'est effectivement une photo de la vie paysanne au XIXème siècle, avec en plus un rappel de la maltraitance des enfants, malheureusement toujours d'actualité et présente dans toutes les couches de la société...

comprendre 25/04/2009 22:55


Il me semble que l'on gagnerait à renouer avec des récits réalistes pour reprendre conscience qu'il existe une frontière entre vices et vertus, entre le bien et le mal. Notre société moderne est en
mal de sens, mise tout sur le signifiant, l'apparence et l'instantanéité. Je ne suis pas passéiste, mais je suis convaincu que nous tous sommes bouffés par le matérialisme économique (toujours
plus), consubstantiel du système capitalisme, et glissons peu à peu dans l'uniformité consumériste. Où sont nos capacités de réaction collective (protection de l'autre ? protection de sa propre
liberté ?) ? Quels sont nos repères, nos croyances, nos valeurs ? Le dieu capital et son cortège abétissant font le ménage par le vide. Circulez, il n'y aura bientôt plus rien à voir :( Tu parles
des enfants, je l'ai déjà écrit ici, mais je n'aimerais pas être un enfant de moins de dix dans notre époque actuelle, quel contexte de développement ! bercé par la télé réalité, la sexualité de
tout instant, le sordide et le morbide de nos médias (au détriment de l'information), l'individualisme, la bétise... Yeurk ! Je crains les "Kévin" en devenir... comprendre