Poil de carotte
Jules RENARD - Poil de carotte (1894)
Poil de carotte est un enfant aux cheveux roux qui vit dans une famille paysanne française à la fin du 19e siècle. Il est mal aimé par les siens et, pire, est constamment humilié par sa mère. Contre cela, il ne peut rien faire, sinon ruser pour éviter les humiliations.
Le texte de Jules Renard est une suite de petites nouvelles formant un ensemble facile d'approche et très agréable à lire. Ceux qui ont connu la vie à la campagne y reconnaîtront une foule des petites choses du quotidien (les rognures données aux lapins, aller fermer les poules avant la nuit, les objets usuels ...).
Le texte intégral est libre de droit et vous pourrez le lire en cliquant sur ce lien. Un extrait :
Le texte de Jules Renard est une suite de petites nouvelles formant un ensemble facile d'approche et très agréable à lire. Ceux qui ont connu la vie à la campagne y reconnaîtront une foule des petites choses du quotidien (les rognures données aux lapins, aller fermer les poules avant la nuit, les objets usuels ...).
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La Mouche


La chasse continue, et Poil de Carotte qui hausse les épaules de remords, tant il se trouve bête, emboîte le pas de son père avec une nouvelle ardeur, s’applique à poser exactement le pied gauche là ou M. Lepic a posé son pied gauche, et il écarte les jambes comme s’il fuyait un ogre. Il ne se repose que pour attraper une mûre, une poire sauvage et des prunelles qui resserrent la bouche, blanchissent les lèvres et calment la soif. D’ailleurs, il a dans une des poches du carnier le flacon d’eau-de-vie. Gorgée par gorgée, il boit presque tout à lui seul, car M. Lepic, que la chasse grise, oublie d’en demander.
— Une goutte, papa ?
Le vent n’apporte qu’un bruit de refus. Poil de Carotte avale la goutte qu’il offrait, vide le flacon, et la tête tournante, repart à la poursuite de son père. Soudain, il s’arrête, enfonce un doigt au creux de son oreille, l’agite vivement, le retire, puis feint d’écouter, et il crie à M. Lepic :
— Tu sais, papa, je crois que j’ai une mouche dans l’oreille.
Monsieur Lepic : Ote-la, mon garçon.
Poil de Carotte : Elle y est trop avant, je ne peux pas la toucher. Je l’entends qu’elle bourdonne.
Monsieur Lepic : Laisse-la mourir toute seule.
Poil de Carotte : Mais si elle pondait, papa, si elle faisait son nid ? Monsieur Lepic : Tâche de la tuer avec une corne de mouchoir.
Poil de Carotte : Si je versais un peu d’eau-de-vie pour la noyer ? Me donnes-tu la permission ?
— Verse ce que tu voudras, lui crie M. Lepic. Mais dépêche-toi.
Poil de Carotte applique sur son oreille le goulot de la bouteille, et il la vide une deuxième fois, pour le cas où M. Lepic imaginerait de réclamer sa part.
Et bientôt, Poil de Carotte s’écrie allègre, en courant :
— Tu sais, papa, je n’entends plus la mouche. Elle doit être morte. Seulement, elle a tout bu.

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