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Lectures 2017

Paul Veyne - Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?

8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 14:04

 

Que l'isle, où le soleil chaque jour se récrée,
Ne vante plus l'image à ce dieu consacrée,
Ce superbe colosse en qui l'art des humains
Consomma tant de jours et lassa tant de mains ;
Dont la tête élevée au-delà du tonnerre,
Et les pieds embrassant et la mer et la terre,
Sembloient, en leur stature épouvantable aux yeux,
Joindre ensemble la mer, et la terre et les cieux.

 

Julien COLLARDEAU III, extrait de Sur le Château de Richelieu

 

 

Le colosse de Rhodes est une merveille du monde disponible dans le jeu vidéo Civilization V ; elle a pour caractéristique d'être réalisée deux tours avant vous par les Egyptiens, provoquant hurlements, bris d'objets divers et déclenchement de guerres sanglantes contre les nations voisines qui n'avaient pourtant rien demandé à personne.


 

Cette précision importante étant donnée, voyons ce qu'il en est sur le plan historique.

 

Rhodes est une grande île grecque située à l'extrémité Est de l'archipel du Dodécanèse, à proximité immédiate des côtes de la Turquie, faisant le lien entre la mer Egée au Nord et la mer Méditerranée au Sud.

 

Sa position stratégique l'expose aux convoitises militaires : la jeune cité-Etat de Rhodes fit ainsi les frais d'un célèbre siège maritime, qui dura un peu plus d'une année, en 305 avant J.-C. La cité-Etat opposa alors une forte résistance ce qui lui permit de protéger ses intérêts souverains lorsqu'elle signa le traité de paix qui mit un terme à cette agression.

 

En souvenir de cette honorable résistance, il fut décidé d'élever à Rhodes une statue (aie, voilà, on entre dans le débat historique...) euh.... un monument grandiose à la gloire d'Hélios, dieu tutélaire de la cité. La construction fut confiée à un sculpteur nommé Charès de Lindos.

 

Pline l'Ancien nous précise, comme le fait Antipater de Sidon lui-même lorsqu'il mentionne cette merveille, que le monument est un colosse (nom masculin, directement transposé en latin, colossus, à partir du grec kolossós) portant le nom "colosse du Soleil". D'une hauteur de 70 coudées romaines (environ 31 mètres), le colosse de Rhodes a été construit en 12 ans, a coûté 300 talents (même ta mère elle prend mal à la tête en calculant l'équivalence en euros) et fut renversé 56 ans après son érection par un tremblement de terre.

 

L'existence historique du colosse de Rhodes ne pose pas de difficulté contrairement à celle des jardins suspendus de Babylone par exemple ; les détails techniques qui nous sont parvenus, tels ceux décrits dans le paragraphe précédent, sont par contre déjà moins certains. On peut cependant les tenir pour sincèrement historiques puisque Pline l'Ancien rapporte ce qui lui a été dit sur place.

 

L'apparence du colosse de Rhodes est problématique puisqu'elle est, contrairement à l'idée populaire, presque totalement inconnue. Je vous suggère la lecture d'un travail très bien fait qui retrace comment, au fil des siècles, a été forgée la représentation mythique d'un colosse de bronze dont les jambes écartées surplombaient l'entrée du port de Rhodes et qui servait en outre, grâce à une flamme portée dans le ciel, et tel un phare, à guider les bateaux vers leur destination. C'est joli... mais pas véridique.

 

Dans un article publié en 1960, Georges Roux développe, à partir de deux textes, de Philon de Byzance et de Nicétas, l'idée selon laquelle le colosse de Rhodes n'était pas une statue, au sens où nous l'entendons vous et moi, mais plutôt un monument massif de forme humanoïde, dont la base était constituée de jambes et de pieds serrés, tels des piliers, pour en assurer la stabilité, lequel monument était orné des attributs d'Hélios. Cet édifice archaïque, dont l'objet symbolique primait sur l'esthétisme, avait pour vocation de faciliter l'adoration du dieu, de lui assurer, à travers ce double-rituel, une présence symbolique sur terre, voire de lui offrir un réceptacle pour que son âme puisse y séjourner ou même s'y incarner.

 

Pline l'ancien décrit les vestiges du colosse qu'il a étudiés à Rhodes et mentionne notamment les "vastes cavernes" à l'intérieur des membres brisés (le tremblement de terre a fait s'effondrer le colosse, le brisant net au niveau des chevilles ou des genoux) dans lesquelles on voit "des pierres énormes". Ce témoignage visuel a permis d'imaginer une structure interne du colosse constituée d'une immense construction de pierre et de fer par dessus laquelle aurait été fondue/plaquée une couche de bronze et les éventuels membres et attributs d'Hélios. Voici un schéma qui illustre cette hypothèse :

 

 

La partie centrale, de couleur sombre sur le schéma, est la construction de pierre et de fer qui sert de squelette au colosse ; on voit comment a ensuite été façonnée la forme humanoïde avec le plaquage et le façonnage du bronze sur la structure monumentale.

 

Cette hypothèse expliquerait pourquoi rien de cet édifice monumental n'a pour l'instant été retrouvé à Rhodes : le bronze a été récupéré et fondu, la structure centrale de pierre réutilisée pour servir de matière première à la construction de nouveaux bâtiments (recyclage dont avait également fait l'objet le temple d'Artémis à Ephèse).

 

Sed jacens quoque miraculo est

Pline l'ancien, Histoire naturelle, livre XXXIV, 18

 

C'est donc l'addition d'un long travail de construction de la gigantesque structure interne du colosse puis de sa transformation en représentation divine, haute de plus de trente mètres rappelons-le, qui a justifié que le colosse de Rhodes soit qualifié de merveille par Antipater de Sidon.

8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 14:53

Statue de Zeus à Olympie

La statue chryséléphantine de Zeus olympien était la 3e merveille du monde antique.

Réalisée en 436 av. J-C. par le sculpteur Phidias, cette statue était destinée à honorer Zeus, le Dieu des Dieux de l'Olympe, dans un temple de la ville d'Olympie.


Maquette du temple de Zeus à OlympieMaquette du temple de Zeus à Olympie - Musée du Louvre (source)

Olympie, située sur la côte ouest de la Grèce, à une centaine de kilomètres d'Athènes, recevait tous les 4 ans les célèbres jeux olympiques donnés en l'honneur de Zeus.

La légende dit que Zeus a manifesté sa satisfaction en envoyant la foudre sur la cité (Zeus commande la foudre).

Aucune représentation de la statue ne nous est parvenue, et l'originale a brûlé lors d'un incendie au 5e siècle après J-C. Seuls quelques écrits et des pièces de monnaie nous laissent imaginer cette sculpture massive :

Mesurant 12 mètres de haut et 13 mètres de périmètre, la statue de Zeus représente le Dieu des Dieux en position assis, sur un trône, tenant dans sa main droite la déesse de la Victoire, Niké, et dans sa main gauche un sceptre surmonté d'un aigle.

Des plaques d'or (chevelure, barbe) et d'ivoire (visage, bras, torse et pieds) recouvrent la représentation du Dieu. Son trône est incrusté de pierres précieuses et le tout est richement décoré.

La statue touche presque le plafond du temple : c'est une représentation gigantesque pour l'époque et nul doute que sa massivité et sa valeur ont contribué à son prestige, jusqu'à la faire devenir une des merveilles du monde antique.


 

 

"Elle monta, matinale, à travers le vaste Ouranos, jusqu'à l'Olympos, où elle trouva Celui qui voit tout, le Kronide, assis loin des autres Dieux, sur le plus haut faîte
de l'Olympos aux cimes nombreuses.
"

 

L'Iliade, Rhapsodie I

 


1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 22:45

Le mausolée d'Halicarnasse

Un mausolée est un tombeau funéraire. Le nom de "mausolée" trouve son origine dans un monument antique, la cinquième merveille du monde antique, le mausolée d'Halicarnasse.

Mausole (?-353 av. J.-C.) était un satrape, une sorte d'administrateur local, d'une province perse nommée Carie qu'il réussit à rendre presque indépendante et transforma en une puissance régionale.

A sa mort, sa veuve (et soeur), Artémise II, lui fit édifier un immense tombeau funéraire dans la ville-capitale de Carie : Halicarnasse. Les principaux architectes et sculpteurs de l'époque participèrent à l'édification de ce monument.


                                     Artemise II et Mausole                                                   Mausole

De base rectangulaire, le mausolée était constitué de 36 colonnes surmontées d'une pyramide de 24 degrés. Le sommet de la pyramide était orné d'un quadrige (char antique) en marbre. L'ensemble mesurait 42 mètres de haut et 135 mètres de tour (périmètre).


                                     Coupe du mausolée                                   Élément du quadrige

Les sources antiques évoquent les splendides décors et statues de marbre blanc.

Frise

Faute d'entretien, le bâtiment se dégrada jusqu'au 12e siècle, fut partiellement détruit par un tremblement de terre au 14e siècle et fini démonté par les chevaliers de l'Ordre de Malte qui se servirent des pierres du mausolée pour construire une forteresse au 15e siècle.

De très nombreux vestiges du mausolée d'Halicarnasse sont exposés au British Museum à Londres.


Le site sur lequel était implanté le monument se situe en Turquie, à Bodrum. Quelques vestiges y sont encore visibles.

Crédits photographiques : Insecula.com + divers internet


13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 18:45

 La renommée de la déesse est encore due à trois autres causes : à la magnificence de son temple qui est le plus grand des édifices connus, à l'état florissant de la ville d'Ephèse et à la présence de la déesse elle-même.
Pausanias de Sparte, Description de la Grèce

Pour les voyageurs anciens, le temple d'Artémis à Ephèse était tout simplement la plus belle des 7 merveilles du monde antique.

Antipater de Sidon, le poète grec qui a établi la "liste" des 7 merveilles du monde antique, considère ce temple comme la plus belle des merveilles :

 
J’ai contemplé les murs de l’âpre Babylone, sur lesquels courent les chars, et le Zeus des rives de l’Alphée, ainsi que les Jardins suspendus, et le colosse d’Hélios, et l'imposant travail des hautes pyramides, et le gigantesque tombeau de Mausole. Mais quand je vis la demeure sacrée d’Artémis, qui s’élève jusqu’aux nues, tout le reste fut rejeté dans l'ombre et je dis : « Vois ! Mis à part l'Olympe, le Soleil n'a encore jamais rien contemplé de tel. »
Antipater de Sidon, Anthologie - (source de la traduction)
 
De ce temple, dont la construction démarra sous Crésus en 560 av. J.-C. et dura 120 années consécutives, il ne reste presque rien. C'est donc votre imagination qui vous permettra de découvrir cette merveille.
 

Maquette du temple
(source : insecula.com)

Le temple, dédié à la déesse Artémis (soeur jumelle d'Apollon, dénommée Diane chez les Romains), a été construit en dehors de la ville d'Ephèse tant il était gigantesque : haut de 30 mètres, le temple mesurait 125 mètres de long et 60 mètres de large. L'ensemble était construit sur un promontoire de 13 marches.

Le temple était constitué d'un vestibule couvert d'une centaine de colonnes ioniques de 20 mètres de haut (entrée) débouchant, via une porte de 30 mètres de hauteur, sur une cour à ciel ouvert richement décorée dans laquelle trônait une statue de marbre d'Artémis. Dans l'enceinte du temple était aménagé un jardin artificiel (une sorte de zoo).

 

Reproduction de la statue d'Artémis du temple d'Ephèse
(source : insecula.com)

Un culte était rendu à Artémis en sa qualité de déesse de la fécondité. Des taureaux lui étaient sacrifiés et leurs testicules accrochés sur la statue (Cf. la poitrine de la statue). Autre explication :
 
Les rangées de mamelles dont son sein est gonflé annoncent la fécondité, la richesse, comme son nom d'Artémis rappelle le pain, nourriture universelle et élémentaire.
Encyclopédie des gens du monde, 1837

Incendié en 356 av. J.-C. par un malade mental cherchant une reconnaissance historique (il a réussi...), le temple fut reconstruit sous Alexandre le Grand. Puis, il fut isolé de la ville d'Ephèse, démuni de ses trésors par Néron, et enfin mis à sac par les goths. L'interdiction des cultes païens mit un terme à sa vie puisque le temple devint une carrière de pierres taillées et servit à la construction d'églises (dont, probablement, Sainte Sophie à Constantinople).